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comme dit

anciens,

yraie musi

que.

ou que toutes leurs phrases fussent frappantes, Mollesse de sont tendus et roides. Racine et Massillon, au

style qui;, contraire, et ceux qui, comme eux, ont goûté M. de Vol- la mollesse heureuse des anciens, l'ont introtaire, relève le sublime. duite autant qu'ils ont pu dans leur composition;

et les hommes sans goût l'ont appelée faiblesse.

L'oreille était, chez les anciens, le juge le plus

sévère, et celui qu'il fallait gagner le premier : Poésie des tous leurs mots avaient un accent décidé. De cette

diversité de sons se formait la musique de leur poésie; et de la faculté d'intervertir l'ordre des mots, se composait un langage particulier, si différent de la prose, qu'en décomposant les vers de Virgile, on y trouverait encore, selon l'expression d'Horace, les membres d'un poëte mis en pièces; au lieu que, parmi nous, le plus grand éloge des vers est de se trouver bons en prose. L'essai que fit la Motte sur la première scène de Mithridate, en est une preuve évidente; les vers de Racine n'y sont plus que de la

prose

très-bien faite : c'est que le plus grand mérite de nos vers est d'échapper à la contrainte des règles , et de paraître libres sous les entraves de la mesure et de la rime. Otez cette rime, et il deviendra impossible de marquer des limites entre la prose et la poésie , puisque la prose éloquente tient beaucoup de la poésie, et que la poésie déconstruite

de l'excellente prose. Les rimes, outre la monotonie qui se fait sende la rime. tir à la longue, ont encore un autre inconvénient;

n'est plus que

Inconvés

nients

c'est qu'elles nous forcent à procéder presque toujours par distiques, et rendent les périodes en vers très - rares et très - difficiles : on n'en trouve qué chez les meilleurs écrivains. Les anciens en sont pleins, suspendent le sens de leurs phrases autant qu'ils veulent, tandis que les nôtres ont l'air de finir de deux vers en deux vers : ils irritent la curiosité, et nous la rassasions trop

tôt. On ne saurait croire combien cet art des suspensions ajoute au plaisir du lecteur et à l'intérêt du style , dans les prosateurs même, comme dans les poëtes. Voyez le commencement du quatrième livre de Quinte-Curce :

Darius, tanti modò exercitus rex, qui , triumphantis magis quàm dimicantis more, curru sublimis, inierat bellum, per loca quæ immensis propè agminibus compleverat, jam inania et ingenti solitudine vasta , FUGIEBAT.

Je conserverai dans la première version de cette phrase l’arrangement du latin, afin de faire comprendre le dessein de l'auteur. Le moment de son récit est après la bataille d'Issús.

«Darius, un peu auparavant maître d'une puis- Art de la « sante armée, qui s'était avancé au combat, élevé K sur un char superbe, dans l'appareil d’un triom- les Latins

phateur plutôt que d'un général, alors au tra« vers des campagnes qu'il avait remplies de ses « innombrables bataillons , et qui maintenant « n'offraient plus qu'une triste et vaste solitude,

période

chez

et les Grecs.

( FUYAIT. »

Cette construction est fort mauvaise en français, et ce mot fuyait finit très-mal la phrase : il la termine admirablement dans le latin. Il est facile, même à ceux qui ne savent pas cette langue, d'apercevoir l'art de l'écrivain. A la vérité ils ne peuvent pas deviner que fugiebat, mot composé de deux brèves et de deux longues, complète très-bien une période harmonique, au lieu que fuyait est un mot sourd et sec; mais ils doivent voir clairement que la phrase entière est construite de manière à faire attendre ce mot fugiebat; que c'est là le grand coup que veut frapper l'auteur; qu'il présente d'abord à l'esprit ce tableau magnifique de la puissance de Darius, pour offrir ensuite dans ce seul mot FUGIEBAT, il fuyait, le contraste de tant de grandeur et les révolutions de la fortune : en sorte que la phrase est évidem-. ment composée de deux parties, dont la première étale tout ce qu'était le grand roi avant la journée d'Issus, et la seconde, composée d'un seul mot, représente ce qu'il est après cette funeste journée. L’arrangement pittoresque des phrases grecques et latines' n'est pas toujours aussi frappant que dans cet endroit; mais cet exemple suffit pour faire connaitre tout ce que peut produire un aussi heureux mécanisme, et avec quel plaisir on lit des ouvrages écrits de ce style.

Maintenant, s'il s'agissait de traduire cette phrase comme elle doit l'être dans le génie de notre langue, il est démontré d'abord qu'il faut renon

cer à conserver la place du mot fugiebat, quelque avantageuse qu'elle soit, et disposer ainsi la période française :

« Darius, qui un moment auparavant s'était vu a à la tête d'une si puissante armée, et qui s'était « avancé au combat, élevé sur un char superbe, a dans l'appareil d'un triomphateur plutôt que « d'un général, fuyait alors au travers de ces « mêmes campagnes qu'il avait remplies de ses in« nombrables bataillons, et qui maintenant n'of« fraient plus qu'une triste et vaste solitude. »

Indépendamment de l'art que j'ai fait remar- Supériorité quer

dans la disposition de cette phrase, on a dû des anciens voir qu'elle est du ton le plus noble et le plus l'histoire, élevé; et c'est ainsi que l'histoire est toujours écrite dans les siècles brillants de la Grèce et de Rome. On se demande souvent pourquoi la lecture des histoires anciennes est infiniment plus agréable que celle des histoires modernes. Cette différence ne vient pas seulement, comme on l'a cru, de la supériorité du sujet et de la nature des faits historiques; elle vient encore, il faut l'avouer, de l'excellence des génies qui ont écrit l'histoire grecque et romaine. Certainement nous n'avons pas un biographe à comparer à Plutarque. Ceux qui ne savent pas le grec n'ont qu'à lire seulement dans M. Rollin la conversation de Sylla et d'Archélaüs : c'est un ordre de beautés qui nous est étranger; on se croit dans un autre monde. J'observerai , en passant, que les compilations de

Les Douze Césars, I.

2

teur

Rollin, M. Rollin, malgré la prolixité, le défaut d'ordre, bon traduc- la crédulité, et une morale qui n'est faite que des anciens, pour les enfants, sont pourtant lues avec plaisir,

uniquement parce qu'il est plein des écrivains de l'antiquité, et, pour ainsi dire, imprégné de leurs sucs et de leur substance.

La sagesse , la gravité, la précision de Thucydide; l'abondance élégante de Xénophon ; l'agrément d'Hérodote , qui fait pardonner aux fables qu'il raconte, sont des modèles qu'on n'a point égalés parmi nous. Et si nous nous tournons du côté des Latins, avons-nous quelque chose qui ressemble à Tite-Live et à Tacite ? Plusieurs morceaux de Saint-Réal peuvent être comparés à Salluste, sans pourtant le valoir. La conjuration de Portugal, et un tableau des dernières révolutions de la Russie, connu des gens de lettres et

des amateurs, sont ce que nous avons de meilModernes leur en ce genre. Mais d'ailleurs toute l'histoire manquent moderne en notre langue est encore à faire, et histoires. c'est peut-être la moisson la plus abondante qui

reste dans le champ de notre littérature. Daniel et Mézerai ne satisfont ni l'oreille , ni l'imagination, ni la raison ; et il ne faut pas croire que ce soit absolument la faute de notre histoire : elle est sèche sans doute dans les premiers temps,

mais, en avançant dans la seconde et la troisième La nôtre race, le sujet devient fécond et intéressant. Croit

on que l'époque singulière des croisades, ce genre de folie pieuse et héroïque qui n'a point

de bonnes

peut être

belle.

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