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V.

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Un roi grec était attaqué d'une maladie honteuse et cruelle; ses médecins lui dirent qu'il ne pourrait guérir qu'en appliquant sur le mal le fiel tout chaud d'un homme qui porterait de certaines marques. Le roi ordonna de le chercher, et on les trouva sur le fils d'un paysan. Le prince, ayant alors mandé ses parents, obtint d'eux, à force d'argent, qu'ils lui abandonnassent sa vie. Le cadi déclara que la religion permettait sa mort pour sauver les jours du prince. Le jeune homme était sous la hache du bourreau; prêt à recevoir le coup, il lève les yeux au ciel et se met à sourire. Le roi, étonné, lui en demanda la cause, et ce qu'il trouvait de si plaisant dans sa situation : "Les enfants," répondit-il

, “ cherchent leur refuge dans le sein de leur père. On soumet au cadi la discussion de leurs différends, on s'addresse au roi pour en obtenir justice; mais tout se tourne aujourd'hui contre moi

. Mon père et ma mère ont vendu ma vie par avarice; le cadi a prononcé que ma mort était juste ; et vous croyez qu'elle seule peut vous sauver la vie : il n'y a donc que Dieu qui puisse être mon recours, car à quel autre pourrais-je demander la justice que vous me refusez ?" Le roi, touché de ces paroles, ne put s'empêcher de répandre des larmes: " Il vaut mieux mourir," dit-il

, " que de répandre le sang innocent." Ensuite, ayant embrassé le jeune homme, il le serra dans ses bras et le renvoya comblé de présens. On dit que dans la semaine il recouvra la santé sans avoir recours à aucun remède, et qu'il prononça cette maxime : “ Vous demandez si la fourmi qui est sous vos pieds a droit de se plaindre? Oui, ou vous n'avez pas le droit de vous plaindre lorsque vous êtes écrasé par l'éléphant.” Traduit du Persan de Saadi par l'abbé Gaudin.

9. Frédéric II. Roi de Prusse. Ce grand roi étant un jour très-affairé dans son appartement, sonna à plusieurs reprises, et personne ne vint. Il ouvrit sa porte, et trouva son page endormi dans un fauteuil. Il avança vers lui, et allait le réveiller, lorsqu'il aperçut un bout de billet qui sortait de sa poche. Il fut curieux de savoir ce que c'était : il le prit, et le lut. C'était une lettre de la mère du jeune homme, qui le remerciait de ce qu'il lui envoyait une partie de ses gages pour la soulager dans sa misère. Elle finissait par lui dire que Dieu le bénirait pour cette bonne conduite. Le roi, après avoir lu, rentra doucement dans sa chambre, prit une bourse de ducats, et la glissa avec la lettre dans la poche du page. Rentré dans sa chambre, il sonna si fort, que le page se réveilla, et entra. “Tu as bien dormi!” lui dit le roi. Le page voulut s'excuser. Dans son embarras, il mit par hasard la main dans sa poche, et sentit avec étonnement la bourse. Il la tire, pâlit, et regarde le roi, en versant un torrent de larmes, sans pouvoir prononcer une seule parole. “Qu'est-ce," dit le roi, * qu'astu?" "Ah, sire,” dit le jeune homme, en se précipitant à genoux, on veut me perdre; je ne sais ce que c'est que cet argent que je trouve dans ma poche." “Mon ami," dit Frédéric, “Dieu nous envoie souvent le bien en dormant; envoie cela à ta mère, salue-la de ma part, et assure-la que j'aurai soin d'elle et de toi.” Anon.

10. Anecdotes sur le Czar Pierre le Grand.

Le hasard fit qu'un jeune Génevois, nommé Le Fort, était à Moscou chez un ambassadeur danois, vers l'an 1695. Le czar Pierre avait alors dix-neuf ans. Il vit ce Génevois, qui avait appris en peu de temps la langue russe, et qui parlait presque toutes celles de l'Europe. Le Fort plut beaucoup au prince; il entra dans son service, et bientôt après dans sa familiarité. Il lui fit comprendre qu'il y avait une autre manière de vivre et de régner que celle qui était malheureusement établie de tous les temps dans son vaste empire; et sans le Génevois, la Russie serait peut-être encore barbare.

Le maître de l'empire le plus étendu de la terre alla vivre près de deux ans à Amsterdam, et dans le village de Saardam, sous le nom de Pierre Michaeloff. On l'appelait communément Peter-Bas. Il se fit inscrire dans le catalogue des charpentiers de ce fameux village, qui fournit de vaisseaux presque toute l'Europe. Il maniait la hache et le compas; et quand il avait travaillé dans son atelier à la construction des vaisseaux, il étudiait la géographie, la géométrie et l'histoire. Dans les premiers temps le peuple s'attroupait autour de lui. Il écartait quelquefois les importuns d'une manière un peu rude. La première langue qu'il apprit fut le hollandais; il s'adonna depuis à l'allemand, qui lui parut une langue douce, et qu'il voulut qu'on parlât à la cour, Il apprit aussi un peu d'anglais dans son voyage à Londres; mais il ne sut jamais le français, qui est devenu depuis la langue de Pétersbourg sous l'impératrice Elizabeth, à mesure que ce pays s'est civilisé.

En 1698 il alla d'Amsterdam en Angleterre. Le roi Guillaume lui avait fait préparer une maison logeable; mais le czar la trouva encore trop belle, et alla loger dans le quartier des matelots, pour être plus à portée de se perfectionner dans la marine. Il manqua d'argent à Londres : des marchands vinrent lui offrir cent mille écus pour avoir la permission de porter du tabac en Russie. C'était une grande nouveauté en ce pays-là, et la religion même y était intéressée. Le patriarche avait excommunié quiconque fumerait du tabac, parce que les Turcs, leurs ennemis, fumaient; et le clergé regardait comme un de ses grands privilèges d'empêcher la nation russe de fumer. Le czar prit les cent mille écus, et se chargea de faire fumer le clergé lui-même.

Le czar en 1717 renouvela ses voyages par politique et par curiosité; il alla enfin en France. En voyant le tombeau du cardinal Richelieu et la statue de ce ministre, ouvrage digne de celui qu'il représente, le czar laissa paraître un de ces transports, et dit une de ces choses qui ne peuvent partir que de ceux qui sont nés pour être de grands hommes. Il monta sur le tombeau, embrassa la statue : “Grand ministre,” dit-il, “que n'es-tu né de mon temps ! Je te donnerais la moitié de mon empire pour m'apprendre à gouverner l'autre.” Un homme qui avait moins d'enthousiasme que le czar, s'étant fait expliquer ces paroles, prononcées en langue russe, répon

“S'il avait donné cette moitié, il n'aurait pas longtemps gardé l'autre.”

Il était logé à l'hôtel de Lesdiguières, auprès de l'arsenal. Le régent l'y traita magnifiquement; il était sous la conduite du maréchal de Tessé, qu'on appelait son cornac, et suivi de trente gardes du corps, qui avaient charge de ne le quitter jamais. Emploi difficile ! Pierre de Russie avait les mouvements brusques et les fantaisies soudaines. Tessé et ses gardes du corps faisaient parfois de rudes traites pour le joindre quand il échappait à leur respectueuse surveillance. La curiosité parisienne, yiolemment excitée par l'arrivée de ce souverain, n'avait pu

dit:

encore s'assouvir, parce que le czar n'aimait point qu'on s'occupât de lui. Quand les passants s'avisaient de s'attrouper aux abords de son hôtel, il envoyait le pauvre Tessé avec ordre de charger. L'infortuné maréchal eut mieux aimé faire dix campagnes; aussi l'honneur qu'il eut de garder le prince moscovite le vieillit de dix ans.

Le régent n'avait point désiré cette visite; mais il fit contre fortune bon cour, et essaya du moins d'éblouir le czar par la splendeur de son hospitalité. Cela n'était point aisé: le czar ne voulait pas être ébloui. En entrant dans la magnifique chambre à coucher qu'on lui avait préparée à l'hôtel de Lesdiguières, il se fit mettre un lit de camp au milieu de la salle, et se coucha dessus. Il allait bien partout, visitant les boutiques et causant familièrement avec les marchands, mais c'était incognito.

Les privilégiés qui avaient vu le czar faisaient ainsi son portrait: Il était grand, très-bien fait, un peu maigre, le poil d'un brun fauve, le teint brun, très-animé, les yeux grands et vifs, le regard perçant, quelquefois farouche. Au moment où on y pensait le moins, un tic nerveux et convulsif décomposait tout-à-coup son visage. On attribuait cela au poison que l'écuyer Zoubow lui avait donné dans son enfance. Quand il voulait faire accueil à quelqu'un, sa physionomie devenait gracieuse et charmante.

Il mangeait comme un ogre, au dire de Verton, maître d'hôtel du roi, qu'on avait chargé de sa table; mais il n'aimait point les petits-pieds. Il faisait par jour quatre repas considérablement copieux. A chaque repas il buvait deux bouteilles de vin, et une bouteille de liqueur au dessert, sans compter la bière et la limonade entre deux. D'après Voltaire et Paul Féval.

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Une partie des. Strelitz se ligua pour assassiner Pierre le Grand en 1697. Pour se faciliter le moyen de s'approcher du monarque, ils convinrent de faire mettre le feu à deux maisons contigües au milieu de Moscou. Comme on savait que le czar se trouvait toujours un des premiers aux incendies pour donner des ordres afin d'arrêter les progrès des flammes, ils résolurent aussi de s'y prendre des premiers, de feindre de vouloir travailler à éteindre le feu, et d'entourer ce prince peu à peu dans la foule, pour pouvoir lui porter plus facilement, et sans qu'on s'en aperçût, le coup mortel.

Le jour de l'exécution pour cette entreprise scélérate fut fixé. Les conjurés se rassemblèrent chez Sukawnin pour y dîner, et après s'être levés de table, ils continuèrent à boire jusque fort avant dans la nuit. Cependant on tomba d'accord que ceux qui voudraient aller chez eux pouvaient le faire, mais sous promesse par serment de revenir avant minuit, et que les autres resteraient chez Sukawnin jusqu'à ce que les maisons fussent en flammes et qu'on entendit le tocsin. Mais parmi ceux qui sortaient, il y en eut deux qui prirent le chemin de Préobrashenskij

, maison de plaisance aux environs de Moscou, où le czar soupait.

Le czar ne fut pas plus tôt instruit de ce projet des Strelitz, qu'il écrivit un billet au capitaine de sa garde, nommé Lipunoff, par lequel il lui ordonnait d'assembler sans bruit toute sa compagnie, et de se rendre avec elle vers les onze heures avant minuit à la maison de Sukawnin, d'en garder toutes les avenues, et de faire prisonniers tous ceux qui s'y trouveraient.

Le czar, croyant qu'il avait indiqué dans son billet l'heure du rendez-vous pour dix heures, s'imagina, qu'en arrivant à dix heures et demie à la maison de Sukawnin, il trouverait ses ordres exécutés. A dix heures sonnées, il se mit dans sa voiture accompagné d'un seul homme, et se rendit directement à cette maison. Lorsqu'il y arriva à dix heures et demie, il fut fort étonné de ne trouver ni devant la porte, ni autour de la maison, aucun des gardes de la compagnie qu'il avait commandée. Il crut que ce détachement s'était peut-être placé dans la cour et dans la maison.

Dans cette persuasion il monta l'escalier et entra dans la salle, où il trouva Sukawnin et toute la troupe des conjurés, qui se levèrent à l'instant, et témoignèrent à leur souverain toutes les marques de respect qu'ils lui devaient. Il les salua amicalement et leur dit, qu'ayant vu en passant beaucoup de lumière, il avait soupçonné que le maître de la maison avait grande compagnie, et qu'étant encore trop bonne heure pour aller se coucher, il était entré pour boire un coup avec eux.

Après qu'il se fut assis, ils burent à la ronde à sa santé

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