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66 Où

dans le premier port où vous relâcherez, et je trouverai toujours de l'emploi sur un bâtiment marchand.” “« Vous connaissez la Méditerranée ?"

J'y navigue depuis mon enfance.” “ Vous savez les bons mouillages?”

"Il y a peu de ports, même des plus difficiles, dans lesquels je ne puisse entrer, ou dont je ne puisse sortir les yeux fermés."

“Eh bien ! dites donc, patron," demanda le matelot qui avait crié courage à Dantès, “si le camarade dit vrai, qui empêche qu'il ne reste avec nous ?”

Oui, s'il dit vrai,” dit le patron d'un air de doute ; “mais dans l'état où est le pauvre diable, on promet beaucoup, quitte à tenir ce qu'on peut."

Je tiendrai plus que je n'ai promis,” dit Dantès.
Oh, oh!” fit le patron en riant,

nous verrons.” Quand vous voudrez," reprit Dantès en se relevant. allez-vous ?"

"A Livourne.”

"Eh bien ! alors, au lieu de courir des bordées qui vous font perdre un temps précieux, pourquoi ne serrez-vous pas tout simplement le vent au plus près ?”

" Parce que nous irions donner droit sur l'île de Rion." “Vous en passerez à plus de vingt brasses."

“Prenez donc le gouvernail,” dit le patron, “et que nous jugions de votre science." Le jeune homme alla s'asseoir au gouvernail

, s'assura par une légère pression que le bâtiment était obéissant, et voyant que, sans être de première finesse, il ne se refusait pas, “ Aux bras et aux boulines," dit-il.

Les quatre matelots qui formaient l'équipage coururent à leur poste, tandis que le patron les regardait faire.

“Halez," continua Dantès. Les matelots obéirent avec assez de précision. “Et maintenant, amarrez; bien.”

Cet ordre fut exécuté comme les deux premiers, et le petit bâtiment, au lieu de continuer à courir des bordées, commença de s'avancer vers l'île de Rion, près de laquelle il passa comme l'avait prédit Dantès, en la laissant par tribord à une vingtaine de brasses. “ Bravo!" dit le patron. “Bravo !” répétèrent les matelots. Et tous regardaient émerveillés cet homme dont le regard avait retrouvé une intelligence et le corps une vigueur qu'on était loin de soupçonner en lui.

“ Vous voyez," dit Dantès en quittant la barre, que je pourrai vous être de quelque utilité, pendant la traversée du moins; si vous ne voulez pas de moi à Livourne; eh bien ! vous me laisserez là, et sur mes premiers mois de solde je vous rembourserai ma nourriture jusque-là, et les habits que vous allez me prêter."

"C'est bien ! c'est bien!" dit le patron ; “nous pourrons nous arranger si vous êtes raisonnable. “Un homme vaut un homme," dit Dantès;

ce que vous donnez aux camarades, vous me le donnerez, et tout sera dit.” “ Ce n'est pas juste," dit le matelot qui avait tiré Dantès de

“car vous en savez plus que nous." "Et en quoi cela te regarde-t-il

, Jacopo?" dit le patron; “chacun est libre de s'engager pour la somme qui lui convient."

“C'est juste," dit Jacopo; " c'était une simple observation

la mer;

que je faisais."

" Eh bien ! tu ferais bien mieux encore de prêter à ce brave garçon un pantalon et une vareuse, si toutefois tu en as de rechange.'

“Non," dit Jacopo; “mais j'ai une chemise et un pantalon." “C'est tout ce qu'il me faut,” dit Dantès.“ Merci, mon ami.”

Jacopo se laissa glisser par l'écoutille et remonta un instant après avec les deux vêtements, que Dantės revêtit avec un indicible bonheur.

“ Maintenant vous faut-il encore autre chose ?” demanda le patron.

“Un morceau de pain et une seconde gorgée de cet excellent rhum dont j'ai déjà goûté, car il y a bien longtemps que je n'ai rien pris." En effet, il y avait quarante heures à peu près.

On apporta à Dantès un morceau de pain, et Jacopo lui présenta la gourde.

“ La barre à bâbord !” cria le capitaine en se retournant vers le timonier.

Dantès jeta un coup d'oeil du même côté en portant la gourde à sa bouche, mais la gourde resta à moitié chemin. “ Tiens," demanda le patron, “que se passe-t-il donc au château d'If?”

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En effet, un petit nuage blanc, nuage qui avait attiré l'attention de Dantès, venait d'apparaître, couronnant les créneaux du bastion sud du château d'If. Une seconde après, le bruit d'une explosion lointaine vint mourir à bord de la tartane. Les matelots levèrent la tête en se regardant les uns les autres.

“ Que veut dire cela ?” demanda le patron. " Il se sera sauvé quelque prisonnier cette nuit,” dit Dantės; et l'on tire le canon d'alarme."

Le patron jeta un regard sur le jeune homme qui en disant ces paroles avait porté la gourde à sa bouche; mais il le vit savourer la liqueur qu'elle contenait avec tant de calme et de satisfaction que s'il avait un soupçon quelconque, ce soupçon ne fit que traverser son esprit et mourut aussitôt.

Sous le prétexte qu'il était fatigué, Dantès demanda alors à s'asseoir au gouvernail

. Le timonier, enchanté d'être relayé dans ses fonctions, consulta de l'ail le patron, qui lui fit de la tête signe qu'il pouvait remettre la barre à son nouveau compagnon. Dantès ainsi placé put rester les yeux fixés du côté de Marseille.

“Quel quantième du mois tenons-nous ?" demanda Dantès à Jacopo, qui était venu s'asseoir près de lui, en perdant de vue le château d'If. “Le 28 de Février," répondit celui-ci.

De quelle année ?" demanda encore Dantès. " Comment, de quelle année ? vous demandez de quelle année ?"

“Oui,” reprit le jeune homme; “je vous demande de quelle année." « Vous avez oublié l'année ou nous sommes ?"

Que voulez-vous ! j'ai eu si grand peur cette nuit,” dit en riant Dantes, que j'ai failli en perdre l'esprit, si bien que ma mémoire en est demeurée toute troublée ; je vous demande donc le 28 Février de quelle année nous sommes ?"

“De l'année 1829," dit Jacopo. Il

у avait quatorze ans, jour pour jour, que Dantès avait été arrêté. Il était entré à dix-neuf ans au château d'If; il en sortait à trente-trois ans. A. Dumas.

36. La Garde Noire.

Trois nuits encore de marches forcées et les compagnies, après avoir évité Carlisle, atteignirent l'extrémité septentrionale du comté de Cumberland et les confins de l'Angleterre. Saunder Ogilvie voulait gagner au nord-est vers Selkirk, éloigné à peine de quinze lieues, mais l'influence de l'enseigne Duncan avait grandi ces derniers jours et l'on se fiait de plus en plus à sa parfaite connaissance du pays. Bien qu'aucun passage de troupes n'eût été signalé depuis le bivouac d'Halifax, on avait désormais la certitude d'être poursuivis. Duncan déclara qu'il savait un chemin à la fois plus court et plus sûr en côtoyant vers le nord-ouest les terrains appelés Solway morass. Le quatrième jour, après une traite de quelques heures seulement, les six compagnies furent obligées de s'arrêter, parceque le passage devenait impraticable. La colonne s'était égarée et avait donné en plein marais. La nuit était noire et sans lune; rebrousser chemin au milieu de ces champs de roseaux où l'on enfonçait jusqu'au genou, eût été une extravagante entreprise. On campa sur un tertre que les vieilles souches de saules avaient élevé au-dessus du niveau humide, et l'on attendit la lumière.

On devait profiter du petit jour pour regagner l'abri des bois. Duncan avait coutume de coucher sur un brancard. Quand les premières lueurs de l'aube blanchirent les nuages, on alla réveiller l'enseigne. Sa litière était vide. Il avait disparu. L'étrangeté du fait s'augmentait par cette circonstance que l'enseigne ne pouvait faire un pas sans l'aide de deux amis qui le soutenaient à droite et à gauche. Cependant, il avait disparu seul. Personne excepté lui ne manquait à l'appel.

Le crépuscule éclairait déjà les objets voisins, tandis qu'une brume légère et floconneuse cachait l'horizon comme un voile. Nos fugitifs, regardant autour d'eux, virent qu'ils étaient au milieu d'une mer de roseaux dont les tiges balancées ondulaient lentement à la brise du matin. Il était facile de retrouver sa route, car la marche nocturne avait laissé dans ce vert océan une noire et large trouée. Les gens du Reicudan Dhu (Black Watch) firent rapidement leurs préparatifs de départ. A l'instant où l'avant-garde allait quitter le tertre pour rentrer dans les marécages,

son.

un rafale balaya le brouillard vers le nord-ouest et montra les eaux de la Solway, réfléchissant l'aurore comme un miroir immense. Selon l'assertion de Duncan, souvent répétée pendant l'étape de la veille, on devait être à douze ou quinze milles de la mer.

Vingt bouches à la fois murmurèrent le mot "trahison;" et comme Saunders Ogilvie, obstiné dans sa confiance se faisait encore l'avocat du MacAlpine, plus d'un regard soupçonneux se détourna de lui. Ou se souvenait des voix entendues dans sa retraite, la seconde nuit passée au bivouac d'Halifax.

La brume allait toujours devant le vent, découvrant peu à peu l'horizon. Il y avait de l'eau au nord et à l'ouest; de l'eau encore, une eau terne et bourbeuse, vers l'est. Le sud seul était ouvert. Le soldat MacRea dit tout-à-coup :

"Je ne sais si je rève. Il me semble voir des canons de mousquets briller là-haut dans la bruyère !"

Son doigt étendu montrait la colline qui s'étendait vers le midi, dans la direction de Carlisle. "Des carabines et des casques !" ajouta l'enseigne MacPher

Que Dieu nous sauve, car l'homme nous a trahis !" Trois cavaliers descendaient la montée au galop. Le premier, qui portait un costume d'officier, agitait dans sa main un drapeau parlementaire. Une dernière rafale balaya au loin le nuage qui couvrait un tiers de l'horizon, et la montagne tout entière resplendit aux rayons obliques du soleil levant, car de la base au sommet il y avait du cuivre, de l'acier, ou de l'or; deux escadrons de dragons de Bedford, le 7 me régiment d'infanterie de ligne (dit le 2e irlandais), et trois batteries d'artillerie légère dont les noirs canons avaient leurs gueules de bronze ouvertes sur le bivouac même du Reicudan Dhu.

Sir Henry Stapleton, du comté de Surrey, capitaine-lieutenant aux dragons de Bedford, arrêta son cheval au pied du tertre, et dit: “Gentlemen, rendez-vous au nom du roi ! Vous êtes soldats, et il ne vous faut qu'un coup d'eil pour voir que la retraite vous est fermée. Nous sommes soldats, et nous vous traiterons dans votre malheur selon les lois de la fraternité militaire.”

Ce fut le 16 Octobre que les six compagnies de la Garde Noire déposèrent les armes dans les marais de la Solway en vue de ces montagnes sombres et couvertes de grands pins qui fermaient l'horizon vers le nord, et qui étaient déjà l'Ecosse. La majorité des officiers et soldats avait résolu de combattre jusqu'à la mort

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