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plutôt que de se soumettre, mais Saunder Ogilvie changea leur dessein par ces seuls mots :

“Le roi nous a trompés, mais ceux-là sont des chrétiens et des frères qui accomplissent leur devoir d'obéissance. Il n'est pas bon de mourir avec les main rouges de sang innocent.”

La promesse faite fut tenue; on les traita honorablement tant que dura la marche sur Londres. A Londres, où ils arrivèrent le 23 Octobre, une cour martiale était assemblée d'avance pour les juger comme déserteurs en masse.

Le premier témoin entendu fut Alpine MacAlpine de Duncan, qui marchait maintenant d'un pas solide, et qui parut devant la cour avec l'uniforme de capitaine des fusiliers écossais. Le payement du service rendu ne s'était pas fait attendre. Mac Alpine déclara sous serment que ses camarades du Reicudan Dhu, et principalement les gens du clan Ogilvie, agissant sous l'influence du sergent Saunder, avaient abusé de son état de maladie pour l'entraîner dans leur désertion. Il affirma que le même Saunder Ogilvie était le chef réel des six compagnies fugitives. Il accusa hautement le même Saunder Ogilvie d'avoir provoqué la désertion en masse dans le but de livrer la Garde Noire, avec armes et bagage, au prétendant Charles Edouard, qui en aurait fait le noyau de son armée insurrectionnelle.

A l'appui de cette dernière assertion, il spécifia que, dans la nuit du 12 aù 13 Octobre, en un bois taillis des environs d'Halifax, où le Reicudan Dhu avait bivouaqué, le sergent Saunder Ogilvie avait reçu et caché dans sa tente de feuillages trois misérables papistes, connus par l'audace de leurs machinations criminelles : Douglas de Glencairn, Duncan de Lenagh, et le traître Evan Macgregor Campbell de Dundas, ancien lieutenant du fameux comte de Mar et présentement père de la compagnie de Jésus.

Comme complices directs du sergent, il nomma le caporal MacRea et Allan Blane, le sonneur de cornemuse.

Parmi ces âmes simples et loyales, pour qui le parjure était le plus lâche des crimes, une pareille déposition ne pouvait faire naître un autre sentiment que le dégoût. Les accusés, d'un commun accord, refusèrent de discuter les paroles du témoin et ce seul mot, “Menteur !" tomba de leurs bouches. Néanmoins l'enseigne MacPherson déclara qu'il ne pouvait en conscience

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repousser l'imputation ayant trait aux trois émissaires papistes, car on avait entendu, en effet, des voix dans la tente de Baderaigh; Baderaigh avait refusé de répondre aux questions de ses compagnons.

Saunder Ogilvie se leva et dit:

“Peût à Dieu, pour moi et pour mes frères, que j'eusse écouté ceux qui sont venus à nous la nuit du 12 au 13 Octobre ! Si je ne m'étais pas mis souvent entre mes camarades et ce traître, qui vient de mentir à la face de Dieu, il n'aurait pu ni jouer son rôle de Judas, ni gagner le grade de capitaine qu'il déshonore. J'ai fait de mon mieux, mais je ne me plains pas, car où est l'homme qui n'a pas assez péché pour être puni?”

Le lord chef-juge lui demanda:

“Sergent Ogilvie, vous reconnaissez-vous coupable d'avoir pris le commandement des six compagnies et de les 'avoir dirigées sur l'Ecosse, contrairement aux ordres du roi ?”

“Il y avait entre le roi et nous un contrat. C'est moi qui ai dit le premier: 'Le mensonge du roi déchire notre contrat et nous fait libres. J'affirme, sur ma foi, que je n'ai rien promis au roi, sinon de garder fidèlement la frontière depuis Inverary jusqu'à Stirling."

Quelle est votre foi ?” "La foi de nos pères, qui, grâce à Dieu et à la Vierge, ont vécu et sont morts en chrétiens et en gentilshommes, comme j'ai vécu et comme je vais mourir.” Ce disant, Saunder Ogilvie fit le signe de la croix. Tous les accusés ôtèrent leurs toques et s'inclinèrent.

Parmi les juges, plusieurs pâlirent sur leurs siéges. Ils étaient là pour condamner. Comme les accusés revenaient à la Tour, ignorant encore la sentence portée, le vieil Allan Blane, qui marchait entre Baderaigh et MacRea, dit : “Nul n'échappe à son sort. La nuit de l'affût une biche resta sur l'herbe. C'était signe du grand malheur qui nous menace.” La populace de Londres hurlait des invectives et des outrages.

Le 27 Octobre au matin, une foule immense encombra Trinity Square et tous les abords de la Tour, bien avant le lever du soleil. Quand les rayons de l'aube dessinèrent les lugubres profils de la forteresse, bâtie par l'évêque Gandolphe, on put voir une quadruple ligne d'uniformes qui entouraient complètement la vaste circonférence de Tower Hill. Il y avait là quatre régiments de la garde, huit bataillons de grenadiers à pied, six escadrons de dragons, et le régiment des fusiliers écossais, tambours en deuil et crêpe noir au drapeau.

Le roi donnait spectacle.

La porte de la prison s'ouvrit. Quatre cents soldats de la Garde Noire sortirent sans armes. Ceux-là étaient condamnés au banissement, ce qui signifiait alors le travail forcé dans les colonies.

Derrière eux venaient Saunder Ogilvie, Daniel MacRea, et Allan Blane, sans plaids, sans kilts, et têtes nues. Leurs mains étaient liées. Au-devant de chacun d'eux quatre hommes portaient un cercueil ouvert.

Les tambours voilés des fusiliers écossais donnèrent leur roulement sourd et prolongé, tandis que la musique des horseguards jouait une marche funèbre.

La foule, ameutée derrière les troupes, vociféra des sauvages bravos.

Les quatre cents déportés furent rangés sur deux haies. Avant de partir pour l'exil, la sentence de la cour martiale les condamnait à être témoins du supplice de leurs frères.

Le reste des compagnies était en marche sur Kent, où se faisaient les embarquements pour la Flandre.

Les trois cercueils s'arrêtèrent à cent pas de la Tour et sonnèrent creux en heurtant le sol. Il y avait là trois poteaux, entourés de serge noire. Chaque cercueil fut placé en long devant celui dont la dépouille mortelle devait l'emplir. La musique des gardes se tut; le tambour des fusiliers écossais fit silence. Peu à peu tous les bruits s'éteignirent à l'entour, même le murmure impie de la populace anthropophage.

Il y avait du monde à toutes les fenêtres de toutes les maisons, du monde encore sur les toits et jusque sur les cheminées. Le long des murailles perpendiculaires, des mains convulsives se crispaient. Partout où croissait un arbre on voyait dans les branches des grappes de figures diaboliques. C'était le vieux Londres : hommes, femmes, enfants, ivres de gin, malgré l'heure matinale, et horriblement altérés de sang. Le roi savait ce qu'il fallait pour amuser sa bonne ville. Au-dessus de cette cohue, muette maintenant, un commandement militaire vibra éclatant et bref.

Un détachement de vingt fusiliers écossais sortit des lignes,

L

marchant sur deux rangs. Ils étaient commandés par le capitaine Alpine MacAlpine de Duncan. Les trois patients mirent ensemble un genou en terre et prièrent à haute voix. Les quatre cents déportés, le bonnet à la main, répondirent l'oraison, pâles et les

yeux baissés.

“Portez armes !” commanda Alpine le Rouge. En respirant la cohue fit un grondement sourd.

Les trois condamnés se relevèrent et repoussèrent le bandeau qu'on voulait mettre sur leurs fronts. Leurs trois têtes étaient droites, et Baderaigh, regardant en face le capitaine MacAlpine, dit sans emphase ni colère, “Duncan, je ne changerais pas de place avec vous."

Le MacAlpine était livide, mais il souriait. Il fit le commandement de préparer les armes.

Il s'était rapproché des condamnés, en ayant soin de se tenir en dehors de la ligne du tir.

“Genou-terre !" prononça la voix stridente du MacAlpine.

Le détachement des fusiliers écossais était à vingt-cinq pas. Les crosses des vingt mousquets heurtèrent le sol, tandis que le premier rang mettait un genou à terre.

“ Joue! Feu!”

L'horloge de l'église Saint-Olave sonnait huit heures. Vingt coups de mousquets retentirent. Baderaigh resta debout le dernier, oscillant comme un chêne dont le bûcheron a tranché la base.

Il tomba, et les tambours battirent.

Ronald Ogilvie et deux autres hommes du clan mirent les trois corps au cercueil, pendant que la foule s'écoulait. Ronald coupa une boucle des cheveux blonds de Baderaigh, et lui creusa une tombe sous les murailles de la Tour de Londres, loin, bien loin, hélas ! du champ béni où les aieux écossais dorment sous la bruyère. Paul Féval.

37. Combat d'un Gladiateur contre un Tigre.

On avait établi, selon l'usage, surtout sous le ciel d'Afrique, au haut des gradins, des poteaux surmontés de piques dorées, auxquels étaient attachées des voiles de pourpre retenues par des noeuds de soie et d'or. Ces voiles étendues formaient, audessus des spectateurs, une vaste tente circulaire, dont les reflets éclatants donnaient à tous ces visages africains une teinte animée, en parfaite harmonie avec leur expression vive et passionnée. Au-dessus de l'arène, le ciel était libre et vide, et des flots de lumière, qui en descendaient, comme par la coupole dans la Panthéon d'Agrippa, se répandaient largement de tous les côtés, et ne laissaient rien perdre aux yeux ravis, ni des colonnes, ni des statues, ni des vases de bronze et d'or, ni de ces joyaux brillants dont le sein des femmes et des jeunes filles étincelait.

Soixante mille spectateurs avaient trouvé place; soixante mille autres erraient autour de l'enceinte, et ils se renvoyaient les uns aux autres ce vague tumulte où rien n'est distinct, ni fureur ni joie ; l'amphithéâtre ressemblait à un vaisseau dans lequel la vague a pénétré, et qu'elle a rempli jusqu'au pont, tandis que d'autres vagues en battent l'extérieur, et se brisent, en mugissant, contre lui.

Un horrible rugissement, auquel répondirent les cris de la foule, annonça l'arrivée du tigre; car on venait d'ouvrir sa loge.

A l'une des extrémités, un homme était couché sur le sable, nu et comme endormi, tant il se montrait insouciant de ce qui agitait si fort la multitude; et tandis que le tigre s'élançait de tous côtés dans l'arène, vide, impatient de la proie attendue, lui, appuyé sur un coude, semblait fermer ses yeux pesants, comme un moissonneur, qui, fatigué d'un jour d'été, se couche et attend le sommeil.

Cependant plusieurs voix parties des gradins demandent à l'intendant des jeux de faire avancer la victime en la voyant si lâche. Les préposés de l'arène, armés d'une longue pique, obéissent à la volonté du peuple, et, du bout de leur fer aigu excitent le gladiateur. Mais à peine a-t-il ressenti les atteintes de leurs lances, qu'il se lève avec un cri terrible, auquel répondent, en mugissant d'effroi, toutes les bêtes enfermées dans les cavernes de l'amphithéâtre. Saisissant aussitôt une des lances, qui avait ensanglanté sa peau, il l'arrache d'un seul effort à la main qui la tenait

, la brise en deux portions, jette l'une à la tête de l'intendant, qu'il renverse ; et gardant celle qui est garnie de fer, va lui-même avec cette arme au-devant de son sauvage ennemi.

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