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avec sa crinière noire hérissée, avec sa queue qui frappait ses flancs de colère !

De la place où j'étais, il pouvait y avoir trois cents pas; je mis pied à terre et appelai un des Arabes qui se tenaient à l'écart pour prendre mon cheval. Plusieurs accoururent, et force me fut, pour ne pas être remis sur mon cheval et emmené au loin, de laisser entre leurs mains le bournous par lequel ils me tenaient. Quelques-uns essayèrent de me suivre pour me dissuader; mais à mesure que je doublais l'allure en marchant vers le lion, leur nombre diminuait. Un seul resta, c'était mon guide du premier jour. ... Le lion avait quitté la clairière pour s'enfoncer dans un massif à quelques pas de là.

Marchant avec précaution, toujours prêt à faire feu, j'essayai en vain d'en revoir la trace par le pied ; le sol était rocailleux et l'animal ne laissait plus de sang. Je venais de fouiller un à un les arbres du massif, lorsque mon guide, qui était resté en dehors, me dit : "La mort ne veut pas de toi; tu as passé près du lion à le toucher; si tes yeux s'étaient rencontrés avec les siens, tu étais mort avant d'avoir pu faire feu.”

Je lui ordonnai de jeter des pierres dans le repaire; à la première qu'il jeta, un lentisque s'ouvrit, et le lion, après avoir regardé de tous côtés, fit un bond vers moi. Il était à dix pas, la queue droite, la crinière sur les yeux, le cou tendu; sa jambe cassée, qu'il tenait en arrière, les ongles renversés, lui donnait un faux air de chien à l'arrêt.

Dès qu'il avait paru, je m'étais assis, cachant derrière moi l'Arabe, qui me gênait par les "Feu! feu ! feu donc !” qu'il mêlait à ses prières. A peine avais-je épaulé mon fusil, que le lion se rapprocha par un petit bond de quatre à cinq pas, qui allait probablement être suivi d'un autre, lorsque, frappé à un pouce au-dessus de l'oeil droit, il tomba.

Mon Arabe rendait déjà grâces à Dieu, quand le lion se retourna, se mit sur son séant, puis se leva debout sur ses jarrets comme un cheval qui se cabre.

Une autre balle, plus heureuse, trouva le caur et le renversa cette fois, raide mort. Jules Gérard.

39. Chasses dans l'Inde.

Au mois de Septembre, 1860, je tirais des grouses sur les bruyères dorées qui bordent la belle forêt d'Invercauld, au milieu des monts Grampians. Au mois de Décembre un steamer de la “ Peninsular and Oriental Company,” me berçait sur les eaux limoneuses de l'Hooghly, et le déplacement avait été si imprévu, si promptement réalisé, que je me demandais en me frottant les yeux si j'étais réellement à Calcutta. Mes doutes furent levés d'une manière péremptoire et sinistre par la vue d'un cadavre qui descendait le fleuve, sa face blème exposée au soleil, les bras étendus en croix et servant de perchoir à une demidouzaine de buses voraces. Evidemment nous étions arrivés. Le soir même, en effet, je couchais dans une chambre qu'on avait retenue pour moi au Bengal Club, dont j'étais, depuis un mois déjà, membre honoraire.

Le Bengal Club, qui donne sur l'esplanade, en face de la Chowringhee, est une belle et fraîche maison, close de tous côtés. On y vit dans l'ombre et le silence. Au milieu de ses salons, garnis de sofas, le bâillement d'un lecteur ennuyé, le froissement du journal qui l'ennuie, semblent des bruits tumultueux. Sans les échos du billard qui nous renvoyaient de temps en temps le choc de deux billes d'ivoire, et le murmure lointain du débat ouvert sur quelque carambolage équivoque, on eût pu se croire dans un couvent de Trappistes. Aussi quand mon serviteur Allagapah, qui était à la fois mon khansumah ou intendant, mon sirdar ou valet de chambre, mon khidmutgar ou valet de table, mon péon ou messager, mon hookahburdar ou valet de pipe, mon dhobee ou blanchisseur, mon durzee ou tailleur, mon bheestee ou porteur d'eau, mon bobachee ou cuisinier, venait, véritable lévite hébreu, en longue tunique blanche, les bras croisés sur sa poitrine, s'incliner devant moi, j'attendais de ce solennel valet quelque chose comme le “ Frère, il faut mourir !" mais non, Allagapah venait m'avertir que le dîner était servi, ou que le capitaine Shakspeare m'attendait avec son boghey pour me mener sur l'esplanade.

C'était bien là le type du Nemrod britannique, trempé comme une lame de Sheffield, têtu comme un bouf de l'Ayrshire, nullement ami des drames fabuleux ou des récits à effet, et

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véridique, positif, précis, comme s'il n'était pas chasseur. On voudra bien se figurer, déjà un peu âgé, mais alerte, dispos, libre de tout fâcheux embonpoint, ce capitaine de cavalerie irrégulière, pérorant presque à voix basse, dans les frais salons du Bengal Club. Et ceci dit, par manière d'introduction je lui cède la parole :

* Je ne me donne pas, sachez-le bien, pour un chasseur de tigres de la première volée, et je procède ordinairement contre eux par les voies les plus frayées; mais on n'a pas toujours le choix, témoin ce qui m'arriva le 22 Août, 1856, à Doon-Gurghur."

Que vous arriva-t-il ?" demandai-je au capitaine. “Ah bien vous voilà comme tant d'autres : des exemples plutôt que des conseils, des historiettes plutôt qu'un traité en bonne forme. Enfin-mais je serai bref,

“J'étais en tournée d'inspection dans le district de Raipore (province de Nagpore), et je me rendais par la voie la plus directe, de Belaspore à Bhundarah. Nous faisions vingt-cinq milles à la journée, malgré une chaleur dont vous aurez quelque idée si je vous dis que, dans un ravin où j'étais à l'affût, il m'arriva de vider à l'intérieur de mes bottes, où mes pieds cuisaient, le précieux contenu de mon chagul,' rempli d'une eau fraîche et pure. Or chaque goutte de cette eau valait presque une goutte de mon sang.

“Du 1er au 14 Avril, voyageant ainsi, j'avais tué deux tigres, huit ours, dont sept en pleine croissance, cinq chevreuils ou daims de diverses espèces, plus un loup, compté pour mémoire : total, seize têtes. Mes hommes et moi, nous étions sur les dents. Nous avions fait halte à Painderdee, quand on me vint dire qu'à vingt-cinq milles de là, certaine bourgade appelée Doon-Gurghur était litéralement envahie par deux tigres, ‘man-eaters,' qui avaient dévoré une partie des habitants et mis l'autre en fuite. J'étais le lendemain soir à Doon-Gurghur. Le rajah, ou plutôt le zemindar, sur les terres duquel ce malheureux village était situé, avait essayé quelque temps auparavant, avec ses deux éléphans et ses hommes d'armes, de chasser les deux tigres; mais il était revenu bredouille. Aussi m'offrait-il tout son attirail, bêtes et gens, comptant bien que j'échouerais comme lui. Je crus de ma dignité de refuser.

Sur ma route, je rencontrai deux "shikarees,' évidemment envoyés par le rajah pour surveiller mes opérations. L'un était

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perché sur un baobab, l'autre caché dans les hautes racines du même arbre. Questionné par moi, ils nièrent qu'ils eussent jamais chassé le tigre. Ils guettaient, disaient-ils, la chikarah, qui est à peu près la gazelle arabe. J'examinai leurs fusils à mèche, dont je leurs fis compliment, et moitié figue, moitié raisin --c'est-à-dire en mêlant quelques flatteries à mes prescriptionsje les emmenai un peu malgré eux.

Doon-Gurghur est au bord d'un charmant petit étang. Les huttes jaunes, en glaise cuite au soleil, étaient closes et semblaient désertes. Il en sortit pourtant, à grand'peine, deux hommes et un enfant. Le plus jeune des deux hommes était un 'chuprassee' ou messager du rajah; le plus âgé un vigneroncabaretier, qui avait sans doute trouvé au fond de sa cave le courage de rester chez lui. Je distribuai du tabac à tout ce monde, et fis servir un bon repas à mes deux shikarees, deux basses-castes, gens éprouvés, qui avaient confiance en moi, et en qui j'avais confiance.

“ Vers deux heures, au plus chaud du jour-c'est le moment où l'on risque le moins d'être attaqué par les tigres-le dufsadar (brigadier) de mon escorte, un lancier expert qui se mêlait aussi de chasse quelque peu, se chargea de m'aller installer un mechaun au pied de la montagne voisine, et tout à côté d'un petit marécage bourbeux. Il emmenait un bouvillon, d'une vingtaine de mois, destiné à servir d'appât. Le tigre auquel on offrait cette victime avait peu de jours auparavant dévoré le prêtre de l'endroit. Il était de taille et de force à prendre un homme dans sa gueule pour l'emporter dans la montagne. Ainsi faisait-il, et jamais on n'avait retrouvé le moindre debris de ses horribles festins.

“L'endroit choisi pour y établir l'affût en question n'était pas à plus de 400 mètres de ma tente, et par conséquent du village. Le duffadar s'était armé d'un de mes fusils à deux coups. Les autres avaient leurs lances. A cinq heures de l'après-midi le duffadar reparaît fort effrayé. Un des shikarees, occupé dans le voisinage immédiat de l'arbre à couper des branchages pour l'espèce de rideau qui dérobe aux regards du tigre le chasseur caché dans le mechaun, avait subitement disparu. Persuadé que c'était là un nouveau tour du man-eater, je pars avec mes deux acolytes, Mangkalee et Nursoo, bien décidé à retrouver, sinon l'homme vivant, au moins son cadavre. J'arrive au pied de l'arbre, où mes gens étaient fort effarouchés, n'osant plus quitter le mechaun, où ils s'étaient hâtés de se mettre à l'abri. A les entendre, le tigre les attendait en bas. Mes yeux pourtant ne distinguaient rien dans l'épaisseur du jungle. En revanche, les daims poussaient le cri particulier qui trahit leur terreur à l'approche du tigre. Ajoutez que la nuit arrivait à grands pas. Aussi affectais-je de parler très-haut et de mener le plus de bruit possible. Ce fut ainsi que je fis descendre mes hommes et les ramenai au campement, sans plus de désastres. Quant au shikaree perdu, il se retrouva le lendemain : le drôle, pris de peur après nous avoir suivi de son plein gré, s'était enfui dans un village à trois ou quatre milles du nôtre.

“Il fallut pour la nuit prendre ses précautions en règle. Boeufs, moutons, chevaux furent réunis de manière à occuper le moins d'espace possible. Les chariots formaient autour d'eux une espèce d'enceinte, et de vingt yards en vingt yards on avait allumé de grands feux. Je ne parle pas des sentinelles, qui se relevaient toutes les deux heures. Sur une chaise, auprès de mon lit de camp, mes deux carabines doubles étaient posées, et autour du point de mire, qui dans l'obscurité ne se voit plus, j'avais collé à la cire un petit fragment de l'ouate la plus blanche: petite pratique que je prends la liberté de vous recommander en passant. Au surplus, je connaissais trop les brusques allures du man-eater pour compter qu'il me laisserait le temps de le tirer; mais en cas d'attaque, j'aurais d'abord fait feu, dans n'importe quelle direction, avec mon fusil à un coup, de gros calibre, et portant double charge de poudre. Une détonation un peu forte étonne le tigre, qui souvent lâche alors sa proie. Si du premier élan et du premier coup il ne l'a pas tuée, on peut la tirer d'affaire. Les cris, les sifflements des langours perchés sur la lisière du bois à deux pas de notre camp, nous tinrent éveillés toute la nuit. Ce sont les babouins de l'Inde, hauts de cinq pieds à cinq pieds et demi. Ils habitent les montagnes, mêlés aux tigres et aux panthères, dont ils épient et dénoncent la marche avec une singulière tenacité, ne les perdant jamais de vue, et les accompagnant partout, où, sautant d'une branche à l'autre, ils peuvent le faire sans péril. Que d'animaux et d'hommes ils sauvent ainsi ! Aussi, ne vous en déplaise; c'est cas de conscience que de tuer un langour.

"L'aurore, que j'attendais avec anxiété, parut enfin. J'enlevai

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