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au défaut de l'épaule; la seconde d'après elle fondait sur moi, et ce fut sans avoir le temps de viser que je lui campai en plein mufle, je suppose, ma charge de plomb. Le valet d'écurie, au lieu de se servir de son arme, se laissa choir sur le dos. La panthère alors saisit entre ses dents mon pied gauche et se mit à m'entraîner. .. Je la frappais de mon fusil vide ; elle prit les canons dans sa gueule. Ce fut, à vrai dire, son effort suprême. Je pus me relever, arracher à mon compagnon l'arme qui lui servait si peu, et des deux mains la plonger dans les flancs de la panthère, qui cette fois y resta.

"Mon premièr soin ensuite fut de me faire enlever ma botte. Le sang ruisselait de mon pied gauche, dont très-heureusement les muscles essentiels se trouvèrent sains et saufs, bien que les dents de la panthère s'y fussent litéralement rejointes. Ensuite j'examinai cette rude ennemie. Elle mesurait huit pieds deux pouces de longueur, et je n'en rencontrai jamais d'aussi déterminée. J'eus d'ailleurs la consolation de penser que pas un de mes coups n'avait été perdu.” Revue des Deux Mondes.

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Le soir du 24 Août une compagnie de chevau-légers entrait dans Paris par la porte Saint-Antoine. Les bottes et les habits des cavaliers tout couverts de poussière annonçaient qu'ils venaient de faire une longue traite. Les dernières heures du jour expirant éclairaient les visages basanés de ces soldats ; on y pouvait lire cette inquiétude vague qui se fait sentir à l'approche d'un événement que l'on ne connait point encore, mais que l'on soupçonne être d'une nature funeste.

La troupe se dirigea au petit pas vers un grand espace sans maisons, qui s'étendait auprès de l'ancien palais des Tournelles. Là le capitaine ordonna le faire halte, puis envoya en reconnaissance une douzaine d'hommes commandés par son cornette, et posta lui-même à l'entrée des rues voisines des sentinelles à qui il fit allumer la mèche, comme en présence de l'ennemi. Après avoir pris cette précaution extraordinaire il revint devant le front de sa compagnie.

Sergent !” dit-il, d'une voix plus dure et plus impérieuse que de coutume.

Un vieux cavalier, dont le chapeau était orné d'un galon d'or, et qui portait une écharpe brodée, s'approchà respectueusement de son chef :

“ Tous nos cavaliers sont pourvus de mèches ?” * Oui, capitaine."

“Les flasques sont-elles garnies ? y a-t-il des balles en quantité suffisante?”

"Oui, capitaine."

“ Bien.” Il fit marcher au pas sa jument devant le front de sa petite troupe. Le sergent le suivait à la distance d'une longueur de cheval. Il s'était aperçu de l'humeur de son capitaine, et il hésitait à l'aborder. Enfin il prit courage :

“Capitaine, puis-je permettre aux cavaliers de donner à manger à leurs bêtes ? Vous savez qu'elles n'ont pas mangé depuis ce matin."

“Non.”
“Une poignée d'avoine ? cela serait bien vite fait.”

Que pas un cheval ne soit débridé.” C'est que si l'on a besoin de les faire travailler cette nuit.

Comme l'on dit. ... Que peut-être ... L'officier fit un geste d'impatience.

“Retournez à votre poste," dit-il sèchement; et il continua de se promener.

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“ Tiens, voici des cavaliers qui viennent à nous au grand galop; c'est sans doute un ordre que l'on nous apporte."

"Ils ne sont que deux, ce me semble ;" et le capitaine et le cornette vont à leur rencontre.

Deux cavaliers se dirigeaient rapidement vers la compagnie de chevau-légers. L'un superbement vêtu, et portant un chapeau couvert de plumes et une écharpe verte, montait un cheval de bataille. Son compagnon était un homme gros, court, ramassé dans sa petite taille ; il était vêtu d'une robe noire, et portait un grand crucifix de bois.

“On va se battre, sûr," dit le sergent; “ voici un aumônier qu'on nous envoie pour confesser les blessés.”

“Il n'est guère agréable de se battre sans avoir dîné," murmura tout bas Merlin.

Les deux cavaliers ralentirent l'allure de leurs chevaux, de manière qu'en joignant le capitaine ils purent les arrêter sans effort. “Je baise les mains de M. de Mergy," dit l'homme à l'écharpe verte. “Reconnait-il son serviteur, Thomas de Maurevel?”

Le capitaine ignorait encore le nouveau crime de Maurevel, il ne le connaissait que comme l'assassin du brave De Mouy. Il lui répondit fort sèchement: "Je ne connais point M. de Maurevel. Je suppose que vous venez nous dire enfin pourquoi nous sommes ici."

“Il s'agit, monsieur, de sauver notre bon roi et notre sainte religion du péril qui les menace."

“Quel est donc ce péril ?" demanda George d'un ton de mépris.

“Les Huguenots ont conspiré contre sa majesté; mais leurs complots ont été découverts à temps, grâce à Dieu, et tous les bons chrétiens doivent se réunir cette nuit pour les exterminer pendant leur sommeil.”

“Comme furent exterminés les Médianites par le fort Gédéon," dit l'homme en robe noire.

"Qu'entends-je ?" s'écria Mergy, frémissant d'horreur.

"Les bourgeois sont armés,” poursuivit Maurevel; “les gardes françaises et trois mille Suisses sont dans la ville. Nous avons près de soixante mille hommes à nous ; à onze heures le signal sera donné, et le branle commencera."

“Misérable coupe-jarret ! Quelle infâme imposture viens-tu nous débiter ? Le roi n'ordonne point des assassinats, tout au plus, il les paie.'

Mais en parlant ainsi George se souvint de l'étrange conversation qu'il avait eue quelques jours auparavant avec le roi.

“Pas d'emportement, M. le capitaine ; si le service du roi ne réclamait tous mes soins, je répondrais à vos injures. Ecoutezmoi; je viens de la part de sa majesté, vous requérir de m'accommagner avec votre troupe. Nous sommes chargés de la rue Saint-Antoine et du quartier avoisinant. Je vous apporte une liste exacte des personnes qu'il nous faut expédier. Le révérend père Malebouche va exhorter vos gens, et leur distribuer des croix blanches comme en portent tous les catholiques, afin que dans l'obscurité on ne prenne pas des fidèles pour des hérétiques."

“Et je consentirais à prêter mes mains pour massacrer des gens endormis !"

"Etes-vous catholique, et reconnaissez-vous Charles IX. pour votre roi.? Connaissez-vous la signature du maréchal de Retz,

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.. et

à qui vous devez obéissance?" et il lui remit un papier qu'il avait à sa ceinture.

Mergy fit approcher un cavalier, et, à la lueur d'une torche de paille allumée à la mèche d'une arquebuse, il lut un ordre en bonne forme, enjoignant de par le roi au capitaine Mergy de prêter main-forte à la garde bourgeoise, et d'obéir à M. de Maurevel, pour un service que le susdit devait lui expliquer. A cet ordre était jointe une liste de noms avec ce titre : "Liste des hérétiques qui doivent être mis à mort dans le quartier Saint-Antoine.” La lueur de la torche qui brûlait dans la main du cavalier montrait à tous les chevau-légers l'émotion profonde que causait à leur chef cet ordre qu'ils ne connaissaient pas encore.

Jamais mes cavaliers ne voudront faire le métier d'assassins," dit George, en jetant le papier au visage de Maurevel.

“Braves gens," s'écria Maurevel, en élevant la voix et s'adressant aux chevau-légers, “les Huguenots veulent assassiner le roi et les catholiques, il faut les prévenir; ce soir nous irons les tuer tous pendant qu'ils seront endormis; et le roi vous accorde le pillage de leurs maisons !"

Un cri de joie féroce partit de tous les rangs : “Vive le roi ! Mort aux Huguenots!"

“Silence dans les rangs !" s'écria le capitaine d'une voix tonnante. “Seul ici j'ai le droit de commander à ces cavaliers. Camarades, ce que dit ce misérable ne peut être vrai; et le roi l'eût-il ordonné, jamais mes chevau-légers ne voudraient tuer des gens qui ne se défendent pas.

Les soldats gardèrent le silence.

“Vive le roi ! Mort aux Huguenots !” s'écrièrent à la fois Maurevel et son compagnon; et les cavaliers répétèrent un instant après eux: “ Vive le roi !"

"Eh bien, capitaine, obéirez-vous ?" dit Maurevel.

"Je ne suis plus capitaine !” s'écria George; et il arracha son hausse-col et son écharpe, insignes de sa dignité.

“ Saisissez-vous de ce traître !" s'écria Maurevel en tirant son épée; tuez ce rebelle qui désobéit à son roi !"

Mais pas un soldat n'osa lever la main contre son chef. George fit sauter l'épée des mains de Maurevel; mais au lieu de le percer de la sienne, il se contenta de le frapper du pommeau au visage si violemment qu'il le fit tomber à bas de son cheval. "Adieu, lâches !" dit-il à sa troupe ; "je croyais avoir des soldats, et je vois que je n'ai que des assassins." Puis se tournant vers son cornette : "Alphonse, si vous voulez être capitaine, voici une belle occasion, Mettez vous à la tête de ces brigands.”

A ces mots il piqua des deux, et s'éloigna au galop, se dirigeant vers l'intérieur de la ville. Le cornette fit quelques pas comme pour le suivre, puis bientôt il ralentit l'allure de son cheval, le mit au pas, puis enfin il s'arrêta, tourna bride, et revint à sa compagnie, jugeant sans doute que le conseil de son capitaine, pour être donné dans un moment de colère, n'en était pas moins bon à suivre.

Maurevel, encore un peu étourdi du coup qu'il avait reçu, remontait à cheval en blasphémant; et le moine, élevant son crucifix, exhortait les soldats à ne pas faire grâce à un seul Huguenot, mais à noyer l'hérésie dans le flots de son sang.

Les soldats avaient été un moment retenus par les reproches de leur capitaine, mais se voyant débarrassés de sa présence, et ayant sous les yeux la perspective d'un beau pillage, ils brandirent leurs sabres au-dessus de leurs têtes, et jurèrent d'exécuter tout ce que Maurevel leur commanderait.

Après avoir quitté sa compagnie, le capitaine George courut sa maison, espérant y trouver son frère; mais il l'avait déjà quittée après avoir dit aux domestiques qu'il s'absentait pour toute la nuit. George en avait conclu sans peine qu'il était chez la comtesse, et il s'était empressé de l'y chercher. Mais déjà le massacre avait commencé; le tumulte, la presse des assassins, et les chaînes tendues au milieu des rues l'arrêtaient à chaque pas. Il fut forcé de passer auprès du Louvre, et c'était là que le fanatisme déployait toutes ses fureurs. Un grand nombre de Protestans habitaient ce quartier, envahi en ce moment par les bourgeois catholiques et les soldats des gardes, le fer et la flamme à la main. Là, pour me servir de l'expression énergique d'un écrivain contemporain," le sang courait de tous côtés cherchant la rivière," et l'on ne pouvait traverser les rues sans courir le risque d'être écrasé à tout moment par les cadavres que l'on précipitait des fenêtres.

Par une prévoyance infernale, la plupart des bateaux qui d'ordinaire étaient amarrés le long du Louvre, avaient été con

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