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t-il, qui ont du bonheur; pour moi, je n'ai jamais eu celui de trouver un trésor." Une autre fois ayant envie d'un esclave, il prie instamment celui à qui il appartient d'y mettre le prix; et dès que celui-ci, vaincu par ses importunités, le lui a vendu, il se repent de l'avoir acheté. “Ne suis-je pas trompé ?" demandet-il; “exigerait-on si peu d'une chose qui serait sans défauts ?" A ceux qui lui sont les compliments ordinaires sur la naissance d'un fils, et sur l'augmentation de sa famille : “Ajoutez," leur dit-il, “pour ne rien oublier, sur ce que mon bien est diminué de la moitié.” Un homme chagrin, après avoir eu de ses juges ce qu'il demandait, et l'avoir emporté tout d'une voix sur son adversaire, se plaint encore de celui qui a écrit ou parlé pour lui, de ce qu'il n'a pas touché les meilleurs moyens de sa cause; ou lorsque ses amis ont fait ensemble une certaine somme pour le secourir dans un besoin pressant, si quelqu'un l'en félicite, et le convie à mieux espérer de la fortune: "Comment," lui répond-il

, puis-je être sensible à la moindre joie, quand je pense que je dois rendre cet argent à chacun de ceux qui me l'ont prêté, et n'être pas encore quitte envers eux de la reconnaissance de leur bienfait?" La Bruyère.

44. La Valeur,

La parfaite valeur et la poltronnerie complète sont deux extrémités où l'on arrive rarement. L'espace qui est entre elles est vaste, et contient toutes les autres espèces de courage. Il n'y a pas moins de différence entre elles qu'entre les visages et les humeurs. Il y a des hommes qui s'exposent volontiers au commencement d'une action, et qui se relâchent et se rebutent aisément par sa durée. Il y en a qui sont contents quand ils ont satisfait à l'honneur du monde, et qui font fort peu de chose audelà. On en voit qui ne sont pas toujours également maîtres de leur peur. D'autres se laissent quelquefois entraîner à des terreurs générales ; d'autres vont à la charge parcequ'ils n'osent demeurer dans leurs postes. Il s'en trouve à qui l'habitude des moindres périls affermit le courage et les prépare à s'exposer à de plus grands. Il y en a qui sont braves à coups d'épée, et qui craignent les coups de mousquet; d'autres sont assurés aux coups de mousquet et appréhendent de se battre à coups d'épée. Tous ces courages de différentes espèces conviennent en ce que la nuit augmentant la crainte et cachant les bonnes et les mauvaises actions, elle donne la liberté de se ménager. Il y a encore un autre ménagement plus général, car on ne voit point d'homme qui fasse tout ce qu'il serait capable de faire dans une occasion, s'il était assuré d'en revenir; de sorte qu'il est visible que la crainte de la mort ôte quelque chose de la valeur.

La parfaite valeur est de faire sans témoins ce qu'on serait capable de faire devant tout le monde. La Rochefoucauld.

45. Assassinat du Comte Rossi, Nov. 15, 1848. La faction violente qui avait déjà désuni l'Italie allait achever de la perdre. Elle vit un obstacle à ses desseins dans le ministre habile de Pie IX. Elle s'attacha à le rendre suspect auprès du parti national comme un étranger, tandis qu'on le décriait auprès du peuple comme un hérétique,

et elle résolut ensuite de se défaire de lui. Le 15 Novembre, jour même où M. Rossi devait paraître à l'assemblée des députés, dans le palais de la chancellerie, fut marqué pour l'exécution du complot.

Les projets sinistres des partis ne restent jamais entièrement mystérieux; la timidité les divulgue, et l'orgueil les annonce. Ce jour fatal M. Rossi fut averti quatte fois. Une lettre anonyme le prévint d'abord du danger; il la dédaigna. Effrayée des bruits ou des pressentiments publics, la femme d'un de ses collègues lui écrivit pour lui exprimer ses inquiétudes et lui conseiller d'utiles précautions. Il lui répondit, moitié en italien, moitié en français, une lettre pleine d'une abnégation enjouée et d'une sécurité reconnaissante. Avant de se transporter au palais de la chancellerie, il se rendit au Quirinal, et là un camérier du pape lui renouvela les mêmes avertissements et lui fit part des mêmes craintes. Sa fermeté ne fut point ébranlée, et il quitta le Saint-Père en le rassurant. Mais à sa sortie du cabinet pontifical, il rencontre un prêtre, qui l'attend pour l'instruire du redoutable projet. " Je n'ai pas le temps de vous écouter,” lui dit M. Rossi; " il faut que j'aille sur le champ au palais de la chancellerie. “Il s'agit de votre vie," ajouta le prêtre, en le retenant par le bras. “Si vous y allez, vous êtes mort!” Frappé de ces avis successifs, M. Rossi s'arrête un instant, réfléchit en silence, puis il continue sa marche en disant, “La cause du pape est la cause de Dieu; Dieu m'aidera.” Et il se rend où la fatalité de sa situation l'appelle, où la grandeur de son courage le conduit.

Arrivé sur la place du palais, que semblent protéger deux bataillons de la garde civique, il entend sortir de la foule des cris qui n'ont pas le pouvoir de l'agiter et qui le font dédaigneusement sourire. Il s'avance jusque sous le péristyle de la chancellerie d'un pas ferme et avec un visage calme. C'est là que les conjurés l'attendaient; les uns sous la colonnade qu'il devait traverser, les autres sur les marches de l'escalier par où il devait monter dans la salle où siégeaient les députés déjà réunis. En le voyant, les premiers se serrent autour de lui et les seconds s'avancent à sa rencontre. Entouré de ses ennemis, M. Rossi, sans se troubler, cherche à se frayer un passage au milieu d'eux. C'est alors qu'avec une horrible habilité, et pour faciliter au meurtrier des coups plus sûrs, l'un des conjurés le touche brusquement à l'épaule, et tandis que l'infortuné M. Rossi se retourne vers lui avec toute la fierté de son regard et l'assurance de son courage, il tend le cou au meurtrier, qui lui enfonce un poignard dans la gorge et le frappe mortellement.

Ce crime, auquel la garde civique assista, pour ainsi dire, sans l'empêcher, que les députés apprirent sans s'émouvoir, ne resta pas seulement impuni; il fut loué. Le parti qui l'avait fait commettre osa l'avouer, et se hâta de s'en servir. Il outragea de son allégresse la famille éperdue et menacée de l'éminente victime. Il assiégea dans le Quirinal, avec une ingratitude insensée, le vénérable Pie IX., et il dépouilla de son autorité temporelle, après l'avoir contraint à fuir de Rome, le premier pape qui se fût montré réformateur, et qui eût fait luire sur ses peuples les nouvelles clartés politiques. Les prospérités de la violence ne sauraient être durables, et il n'était pas réservé à une domination commencée par le meurtre, poursuivie dans le désordre, aboutissant à la dictature, et se mettant en guerre avec le monde civilisé, de subsister longtemps. Mais en frappant M. Rossi, elle avait fait à l'Italie un mal irréparable. Elle l'avait privée d'un de ses plus glorieux enfants. Elle avait enlevé à un pays qui manque d'hommes expérimentés et habiles le grand serviteur dont l'esprit fécond, le savoir exercé, la forte prévoyance, et l'incontestable ascendant pourraient être aujourd'hui si utiles à la conduite de ses affaires et l'établissement de sa liberté. François A. Mignet: "Eloge historique de Rossa."

46. Mort de Schiller.

Rien de plus touchant que la mort d'un grand poète : frappé dans la force de l'âge et du génie, il conserva jusqu'au moment suprême une sérénité victorieuse, songeant aux siens plus qu'à lui-même, fidèle à toutes les amitiés, fidèle à la poésie et doux envers la mort.

Il y avait plusieurs années déjà que sa poitrine était gravement atteinte ; tous ses beaux drames qui se succédèrent si vite de Wallenstein à Guillaume Tell, il les avait écrits dans les intermittences du mal qui le dévorait. L'année 1804 lui fut particulièrement mauvaise. Pendant le séjour qu'il fit à Jéna au mois de Juillet, une crise terrible, amenée par un refroidissement, fut le signal des perturbations meurtrières. C'était la période suprême de la phthisie. Cependant il luttait toujours; tantôt il poursuivait son Démétrius, tantôt il faisait maints projets de voyage pour l'année suivante. On voit par ses lettres à Koerner combien était vive sa sollicitude pour sa femme et pour tous les siens. Il se sentait nécessaire à ses enfants, dont le plus jeune venait de naître, il ne pouvait croire que le moment fût venu de se séparer d'eux. La vie ne lui devait-elle pas encore bien des inspirations poétiques et bien des joies de famille ? Octobre il écrivit à Koerner qu'il se sentait assuré de la guérison; à ce moment-là même sa belle-sæur, Madame de Wolzogen, remarquait avec des larmes la décroissance visible de ses forces et l'effrayante pâleur de son visage. Ce furent pendant tout l'hiver des alternatives de crises et de périodes plus calmes. Son Démétrius exigeant une ardeur d'inspiration que lui interdisaient ses souffrances, il s'était chargé de travaux qui pouvaient occuper son esprit sans épuiser ses forces. Au mois de Novembre il avait écrit l'Homage des Arts pour la princesse Paulowna; il travailla pendant le mois de Décembre à une traduction de la Phèdre de Racine, qui fut représentée le 30 Janvier, 1805. A Noël, au jour de l'an, ses douleurs étaient devenues plus vives. Il cherchait toujours à dissimuler son état aux personnes qui lui étaient chères. Henri Voss, le fils du poétique auteur de Louise, qui a eu l'honneur d'être le compagnon assidu, le garde-malade de Schiller pendant les six derniers mois de sa vie, nous a laissé à ce sujet de bien touchants détails. Un

Le II

soir, Charlotte (imitons les écrivains de l'Allemagne qui, parlant de la femme de Schiller, la désignent par son nom de baptême, comme une figure idéale que la poésie a consacrée), un soir, dis-je, Charlotte veillait avec Henri Voss près du lit du malade. Vers minuit Schiller la supplia de se retirer et d'aller prendre du repos; elle s'y refusa d'abord, mais vaincue enfin par ses instances elle sortit. A peine avait-elle fermé la porte que le malade tomba sans connaissance entre les bras de son ami. Henri Voss était accoutumé à lui donner tous les soins que réclamait son état; dès que Schiller fut revenu à lui, sa première pensée fut pour Charlotte. “Voss," dit-il, à voix basse, “ ma femme s'est-elle aperçue de quelque chose ?” Ayant senti s'approcher la crise, il avait fait en sorte qu'elle ne se doutât de rien. Pendant ce temps-là Goethe était retenu au lit par une maladie violente qui faillit l'emporter. Plus d'entretiens, plus de correspondance; c'était là un de leurs grands chagrins. L'amitié cependant venait en aide à l'amitié. Henri Voss, comme un messager pieux, allait sans cesse de Schiller à Goethe et de Goethe à Schiller.

Vers la fin du mois de Mars, Schiller eut quelques bonnes journées, et aussitôt il se remit à son Démétrius avec une impatiente ardeur. Hélas ! ce n'étaient que des éclairs dans une nuit qui devenait toujours plus sombre. Il sembla se ranimer un instant aux premières bouffées printanières. Avec quelle joie il quitta sa chambre de malade, accompagné de Charlotte et de sa belle-soeur Caroline, pour se réchauffer au doux soleil d'Avril! Sa première visite fut pour Goethe, qui commençait à se rétablir de ses violentes secousses. Henri Voss assistait à l'e trevue, et il ne pouvait y penser sans larmes. Les deux poètes se jetèrent dans les bras l'un de l'autre, et se tinrent ainsi longtemps et cordialement embrassés, avant de se dire une seule parole. Pas un mot de ce qu'ils avaient souffert; tout entiers au bonheur de se retrouver, ils écartaient les pensées douloureuses et les pressentiments sinistres. Schiller, heureux de revivre, reprenait son activité d'autrefois. Ses travaux et ceux de ses amis occupaient de nouveau son imagination, comme à l'époque où il déployait toutes ses forces avec un juvénile enthousiasme. Il écrivit à Koerner, à Guillaume de Humboldt, et s'il leur parlait de sa santé, il les entretenait surtout des choses de l'art, de tout ce qui était la nourriture de leur intelligence. Son dernier billet à

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