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FRENCH READER.

La ville de Londres ne resta pas en arrière du mouvement; dans un temps où la population etait au-dessous d'un million, il se forma trente-cinq corps de volontaires qui comprenaient plus de quarante mille hommes. Un Anglais de mes amis conserve encore comme relique un vieux tambour qui a battu la charge à la tête d'un de ces régiments. On ne voyait dans la ville et autour des murs de la ville que parades, manoeuvres, escarmouches, petites guerres. Le district de Londres brûlait à lui seul sept tonnes de poudre par semaine. Qu'on ne s'étonne pas si de terribles accidents résultèrent alors de l'inexpérience des citoyens qui s'essayaient pour la première fois au métier de soldat, et à l'usage des armes à feu. Rien pourtant ne déconcerta l'ardeur de ces graves boutiquiers; un bill autorisait les volontiers à faire l'exercice et à tirer le fusil dans la journée du dimanche. Pour quiconque connaît les meurs et les usages religieux de l'Angleterre, une telle dérogation à la loi proclame bien la gravité des circonstances. Il n'y avait qu'un danger imminent et la sainteté d'un devoir national qui pussent faire tolérer au gouvernement cette violation du sabbat.

Tous les rangs de la société se mêlaient et se confondaient dans le mouvement de défense nationale. Presque tous les ministres du roi s'étaient engagés dans un des régiments de volontaires, et le duc de Clarence lui-même (un des fils du roi) servait comme simple soldat dans le Teddington corps. D'un autre côté, les opinions politiques s'effaçaient ou se rapprochaient sur le terrain commun du patriotisme. A un banquet civique, l'alderman Shaw proposa la santé du plus grand homme d'Angleterre, William Pitt, colonel des Cinque Ports volunteers. Quand le tumulte d'applaudissements qu'avait excité ce toast se fut apaisé, Sheridan se leva et dit: “Gentlemen, permettez-moi aussi de vous proposer un toast. Je fais un appel aux verres pour boire à la santé de Charles Fox, simple soldat dans les Chertsey volunteers, le plus honnête homme d'Angleterre ! Ce second toast fut aussi couvert d'applaudissements, et tous, whigs et tories, fraternisèrent ce jour-là en face des dangers qui menaçaient le pays. Un autre jour, William Pitt entendit un forgeron de son régiment murmurer contre les hausse-cols de cuir qu'on venait de distribuer, selon l'usage d'alors, aux volontaires des Cinque Ports, et qui tenaient le cou roide comme dans un carcan.' “Voyez," dit le premier ministre, "j'en porte un comme vous, et je ne me plains pas.” “Ah, colonel,” répondit le forgeron, “le cas est bien différent; votre cou doit être le plus long, puisque votre tête est la plus haute de toute la Grande Bretagne."

Nul ne peut dire quelle résistance les volontaires de 1803, déjà mieux dressés et plus aguerris que ceux de 1798, auraient opposée à une armée d'invasion. Heureusement pour l'Angleterre et peut-être pour la France, cette force nationale ne fut pas alors mise à l'épreuve. Si j'en crois les Mémoires de M. de Bourrienne, Napoléon n'aurait jamais eu l'intention sérieuse de tenter un débarquement en Angleterre. Il savait trop bien qu'eût il réussi à jeter cent mille hommes sur les côtes de la Grande-Bretagne-et l'entreprise était difficile-il aurait perdu au moins les deux tiers de son armée avant d'arriver à Londres, tandis que la mer, fermée derrière lui par les vaisseaux Anglais, l'aurait empêché de recevoir des renforts, et même, en cas de succès, l'aurait emprisonné dans sa victoire. Napoléon luimême a reconnu que ce projet présentait des obstacles au-dessus de la volonté humaine. “Si j'avais réussi," a-t-il dit plus tard, , " c'eût été en faisant tout le contraire de ce qu'on attendait." La pensée de l'empereur s'est, on le voit, couverte sur ce point, et peut-être à dessein, d'un nuage que je ne chercherai point à pénétrer.

Telle est l'histoire des anciens volontaires, qui s'éteignirent après les événements de 1815, laissant debout, comme trace de leur passage dans les comtés agricoles, quelques

rares régiments de cavalerie. Alphonse Esquiros.

52. Les Chouans,

La Bretagne est, de toute la France, le pays où les mours gauloises ont laissé les plus fortes empreintes. Les parties de cette province, où, de nos jours encore, la vie sauvage et l'esprit superstitieux de nos rudes aïeux sont restés, pour ainsi dire, flagrants, se nomme le pays de Gars.

Le mot gars, que l'on prononce gâ, est un débris de la langue celtique, Il a passé du bas breton dans le français, et ce mot est, de notre langage actuel, celui qui contient le plus de souvenirs antiques. Le gais était l'arme principale des Gaëls ou Gaulois; gaisde signifiait armé; gais, bravoure; gas, force. Ces

P

rapprochements prouvent la parenté du mot gars avec ces expressions de la langue de nos ancêtres. Ce mot a de l'analogie avec le mot latin vir, homme, et virtus, courage, force.

Lorsqu'un canton est habité par nombre de sauvages semblables à celui qui va comparaître dans cette scène, les gens de la contrée disent, les gars de telle paroisse; et ce nom classique est comme une récompense de la fidélité avec laquelle ils s'efforcent de conserver les traditions du langage et des mours gaëliques; aussi leur vie garde-t-elle de profonds vestiges des croyances et des pratiques superstitieuses des anciens temps. Là, les coutumes féodales sont encore respectées. Là les antiquaires retrouvent debout les monuments des Druides. Là, le génie de la civilisation moderne s'effraie de pénétrer à travers d'immenses forêts primordiales. Une incroyable férocité, un entêtement brutal, mais aussi la loi du serment; l'absence complète de nos lois, de nos meurs, de notre habillement, de nos monnaies nouvelles, de notre langage, mais aussi la simplicité patriarcale et d'héroïques vertus s'accordent à rendre les habitants de ces campagnes plus pauvres de combinaisons intellectuelles que ne le sont les Mohicans et les Peaux-rouges de l'Amérique septentrionale mais aussi grands qu'eux. La place que la Bretagne occupe au centre de l'Europe la rend beaucoup plus curieuse à observer que ne l'est le Canada. Entouré de lumières dont la bienfaisante chaleur ne l'atteint pas, ce pays ressemble à un charbon glacé qui resterait obscur et noir au sein d'un brillant foyer. Les efforts tentés par quelques grands esprits pour conquérir à la vie sociale et à la prospérité cette belle partie de la France, si riche de trésors ignorés, tout, même les tentatives du gouvernement, meurt au sein de l'immobilité d'une population vouée aux pratiques d'une immémoriale routine. Ce malheur s'explique assez par la nature d'un sol encore sillonné de ravins, de torrents, de lacs et de marais; hérissé de haies, espèces de bastions en terre qui font de chaque champ une citadelle; privé de routes et de canaux; puis, par l'esprit d'une population ignorante, livrée à des préjugés dont les dangers seront accusés par les détails de cette histoire, et qui ne veut pas de notre moderne agriculture. La disposition pittoresque de ce pays, les superstitions de ses habitants, excluent et la concentration des individus et les bienfaits amenés par la comparaison, par l'échange des idées. Là

point de villages. Les constructions précaires que l'on nomme des logis sont clairsemées à travers la contrée. Chaque famille y vit comme dans un désert. Les seules réunions connues sont les assemblées éphémères que le dimanche ou les fêtes de la religion consacrent à la paroisse. Ces réunions silencieuses, dominées par le recteur, le seul maître de ces esprits grossiers, ne durent que quelques heures. Après avoir entendu la voix terrible de ce prêtre, le paysan retourne pour une semaine dans sa demeure insalubre; il en sort pour le travail, il y rentre pour dormir. S'il y est visité, c'est par ce recteur, l'âme de la contrée. Aussi, fut-ce à la voix de ce prêtre que des milliers d'hommes se ruèrent sur la république, et que ces parties de la Bretagne fournirent cinq ans avant l'époque à laquelle commence cette histoire des masses de soldats à la première chouannerie. Les frères Cottereau, hardis contrebandiers qui donnèrent leur nom à cette guerre, exerçaient leur périlleux métier de Laval à Fougères. Mais les insurrections de ces campagnes n'eurent rien de noble; aussi peut-on dire avec assurance que si la Vendée fit du brigandage une guerre, la Bretagne fit de la guerre un brigandage. La proscription des princes, la religion détruite ne furent pour les Chouans que des prétextes de pillage, et les événements de cette lutte intestine contractèrent quelque chose de la sauvage âpreté qu'ont les moeurs en ces contrées. Aussi, quand de vrais défenseurs de la monarchie vinrent recruter des soldats parmi ces populations ignorantes et belliqueuses, essayèrent-ils de donner, sous le drapeau blanc, quelque grandeur à ces entreprises qui avaient rendu la chouannerie odieuse. Leurs nobles efforts furent inutiles, les Chouans sont restés comme un mémorable exemple du danger de remuer les masses peu civilisées d'un pays. Le tableau de la première vallée offerte par la Bretagne aux yeux du voyageur, la peinture des hommes qui composaient le détachement des réquisitionnaires, la description du gars apparu sur le sommet de la Pélerine, donnent en raccourci une fidèle image de la province et de ses habitants. Une imagination exercée peut, d'après ces détails, concevoir le théâtre et les instruments de la guerre. Là en étaient les éléments. Les haies si fleuries de ces belles vallées cachaient alors d’invisibles agresseurs. Chaque champ était alors une forteresse, chaque arbre méditait un piége, chaque vieux tronc de saule creux gardait un stratagème. Le lieu du

combat était partout. Les fusils attendaient au coin des routes les Bleus que de jeunes filles attiraient en riant sous le feu des canons, sans croire être perfides ; elles allaient en pélerinage avec leurs pères et leurs frères demander des ruses et des absolutions à des vierges de bois vermoulu. La religion ou plutôt le fétichisme de ces créatures ignorantes désarmait le meurtre de ses remords. Aussi une fois cette lutte engagée, tout dans le pays devenait-il dangereux; le bruit comme le silence, la grâce comme la terreur, le foyer domestique comme le grand chemin. Il y avait de la conviction dans ces trahisons. C'était des sauvages qui servaient Dieu et le roi, à la manière dont les Mohicans font la guerre. Mais pour rendre exacte et vraie en tout point la peinture de cette lutte, l'historien doit ajouter, qu'au moment où la paix de Hoche fut signée, la contrée entière redevint et riante et amie. Les familles qui la veille se déchiraient encore, le lendemain soupèrent sans danger sous le même toit. H. de Balzac :

H. de Balzac : « Les Chouans."

53. Hadrien.

Pour les curieux en fait d'histoire, ce doit être un regret qu'il nous reste si peu de chose d'Hadrien et de son époque. De ce prince lettré, vivant au milieu d'une cour lettrée, dans un siècle trop lettré, on peut le dire, il ne nous est demeuré qu'une spirituelle missive à un sien allié que plus tard il fit mourir, et une douzaine de vers épigrammatiques. De ses contemporains qui ont écrit l'histoire, il ne nous est resté rien du tout. Des historiens postérieurs qui ont parlé de lui, nous avons une quinzaine de pages de l'abréviateur Xiphilin, moine du onzième siècle, une douzaine de pages de l’abréviateur Spartien, plus des paragraphes et des demi-lignes de quatre ou cinq autres abréviateurs. Les médailles et les inscriptions viennent, il est vrai, à notre secours, et peuvent, à la rigueur, nous apprendre les années des consulats, les dates de naissance et l'ordre des faits, ce qui n'empêche pas la chronologie d'être fort hésitante sur beaucoup de points. Et cependant comme la vie d'un tel prince et le tableau d'un tel règne, seraient, vus par le détail, je ne dirai pas beaux, mais curieux ! Comme le peu que nous en savons nous fait entrevoir une nature singulière, bizarre, puissante, dans le petit-neveu, soi-disant fils adoptif de Trajan!

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