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"C'est impossible."

“ Monsieur le Vicomte Olivier d'Entraigues," dit le ministre sans marquer la moindre émotion, "vous n'êtes plus à mon service." Et le page sortit ; il savait qu'il n'y avait pas à répliquer; il glissa son billet dans sa poche, et, ouvrant la porte à deux battants justement assez pour qu'il y eut place pour lui, il s'y glissa comme un oiseau qui s'échappe de sa cage. Le ministre continua les notes qu'il traçait sur son genou.

Les secrétaires redoublaient de silence et d'ardeur, lorsque la porte s'ouvrant rapidement de chaque côté, on vit paraître debout entre les deux battants un capucin qui, s'inclinant les bras croisés sur la poitrine, semblait attendre l'aumône ou l'ordre de se retirer. Il avait un teint rembruni, profondément sillonné par la petite vérole; des yeux assez doux, mais un peu louches et toujours couverts par des sourcils qui se joignaient au milieu du front, une bouche dont le sourire était rusé, malfaisant, et sinistre ; une barbe plate et rousse à l'extrémité, et le costume de l'ordre de Saint François dans toute son horreur, avec des sandales et des pieds nus, qui paraissaient fort indignes de s'essuyer sur un tapis. Tel qu'il était

, ce personnage parut faire une grande sensation dans toute la salle; car, sans achever la phrase, la ligne, ou le mot commencé, chaque écrivain se leva et sortit par la porte, où il se tenait toujours debout, les uns le saluant en passant, les autres détournant la tête ; les jeunes pages se touchant le nez, mais par derrière lui, car ils paraissaient en avoir peur en secret. Lorsque tout le monde eut défilé, il entra enfin, faisant une profonde révérence, parceque la porte était encore ouverte; mais sitôt qu'elle fut fermée, marchant sans cérémonie, il vint s'asseoir auprès du Cardinal, qui, l'ayant reconnu au mouvement qui se faisait, lui fit une inclination de tête sèche et silencieuse, le regardant fixement comme pour attendre une nouvelle, et ne pouvant s'empêcher de froncer le sourcil, comme à l'aspect d'une araignée ou de quelque autre animal désagréable.

Le Cardinal n'avait pu résister à ce mouvement de déplaisir, parcequ'il se sentait obligé, par la présence de son agent, à rentrer dans ces conversations profondes et pénibles dont il s'était reposé pendant quelques jours dans un pays dont l'air pur lui était favorable, et dont le calme 'avait un peu ralenti les douleurs de sa maladie ; elle s'était changée en une fièvre lente ; mais ses intervalles étaient assez longs pour qu'il pût oublier, pendant son absence, qu'elle devait revenir. Donnant donc un peu de repos à son imagination jusqu'alors infatigable, il attendait sans impatience, pour la première fois de ses jours peut-être, le retour des courriers qu'il avait fait partir dans toutes les directions, comme les rayons d'un soleil qui donnait seul la vie et le mouvement à la France. Il ne s'attendait pas à la visite qu'il recevait alors, et la vue d'un de ces hommes qu'il trempait dans le crime, selon sa propre expression, lui rendit toutes les inquiétudes habituelles de sa vie plus présentes, sans dissiper entièrement le nuage de mélancolie qui venait d'obscurcir ses pensées.

Le commencement de sa conversation fut empreint de la couleur sombre de ses dernières rêveries; mais bientôt il en sortit plus vif et plus fort que jamais, quand la vigueur de son esprit rentra forcément dans le monde réel.

Son confident, voyant qu'il devait rompre le silence le premier, le fit ainsi assez brusquement : “Eh bien, monseigneur, à quoi pensez-vous ? ”

Hélas ! Joseph, à quoi devons-nous penser tous tant que nous sommes, sinon à notre bonheur futur dans une vie meilleure que celle-ci ? Je songe depuis plusieurs jours, que les intérêts humains m'ont trop détourné de cette unique pensée, et je me repens d'avoir employé quelques instants de loisir à des ouvrages profanes, tels que mes tragédies d'Europe et de Mirame, malgré la gloire que j'en ai tirée parmi nos plus beaux esprits, gloire qui se répandra dans l'avenir."

Le P. Joseph, plein des choses qu'il avait à dire, fut d'abord surpris de ce début; mais il connaissait trop son maître pour en rien témoigner, et, sachant bien où il le ramènerait à d'autres idées, il entra dans les siennes sans hésiter.

“ Le mérite en est pourtant bien grand,” dit-il avec un air de regret, “ et la France gémira de ce que ces oeuvres immortelles ne sont pas suivies de productions semblables."

Oui, mon cher Joseph, c'est en vain que des hommes tels que Boisrobert, Claveret, Colletet, Corneille, et surtout le célèbre Mairet ont proclamé ces tragédies les plus belles de toutes celles que les temps présents et passés ont vu représenter; je me les reproche, je vous jure, comme un vrai péché mortel, et je ne m'occupe, dans mes heures de repos, que de ma Méthode des Controverses, et du livre sur La Perfection du Chrétien. Je songe que j'ai cinquante-six ans et une maladie qui ne pardonne guère."

“ Ce sont des calculs que vos ennemis font aussi exactement que votre Eminence,” dit le Père, à qui cette conversation commençait à donner de l'humeur, et qui voulait en sortir au plus vite. Le rouge monta au visage du Cardinal.

“Je le sais, je le sais bien," dit-il,“ je connais toute leur noirceur et je m'attends à tout. Mais qu'y a-t-il donc de nouveau ?"

“Nous étions convenus déjà, monseigneur, de remplacer Mademoiselle d'Hauteford, et le Roi...."

“Eh bien!”
“ Le Roi a des idées qu'il n'avait pas eues encore.”

“Vraiment ! et qui ne viennent pas de moi ? Voilà qui va bien," dit le ministre avec ironie.

“ Aussi, monseigneur, il a parlé de rappeler la Reine mère,” dit le capucin à voix basse," de la rappeler de Cologne."

“Marie de Médicis !” s'écria le Cardinal, en frappant sur les bras de son fauteuil avec ses deux mains. Non, par le Dieu vivant ! elle ne rentrera pas sur le sol de France, d'où je l'ai chassée pied par pied ! L'Angleterre n'a pas osé la garder exilée par moi, la Hollande a craint de crouler sous elle, et mon royaume la recevrait ! Non, non, cette idée n'a pu lui venir par lui-même. Rappeler mon ennemie ! rappeler sa mère ! quelle perfidie ! non, il n'aurait jamais osé y penser!....

Joseph, prenez une plume, et écrivez vite ceci pour l'autre confesseur, que nous choisirons mieux. Je pense au P. Sirmond...

“1. Un prince doit avoir un premier ministre, et ce premier ministre trois qualités : ie, qu'il n'ait pas d'autre passion que son prince; 2e, qu'il soit habile et fidèle; 3°, qu'il soit ecclésiastique. ' 2. Un prince doit parfaitement aimer son premier ministre. 3. Ne doit jamais changer son premier ministre. 4. Doit lui dire toutes choses. 5. Lui donner libre accès auprès de sa personne.

6. Lui donner une souveraine autorité sur le peuple. '7. De grands honneurs et de grands biens.

8. Un prince n'a pas de plus riche trésor que son premier ministre.

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9. Un prince ne doit pas ajouter foi à ce qu'on dit contre son premier ministre, ni se plaire à en entendre médire.

10. Un prince doit révéler à son premier ministre tout ce qu'on a dit contre lui, quand même on aurait exigé du prince, qu'il garderait le secret.

'I1. Un prince doit non seulement préférer le bien de son état, mais son premier ministre à tous ses parents.

Tels étaient les commandements du Dieu de la France, moins étonnants encore que la terrible naïveté qui lui fait léguer lui-même ses ordres à la postérité, comme si elle aussi devait croire en lui. A. de Vigny, Cinq Mars."

20. Louis XIII, et Richelieu,

Je veux régner par moi seul.” A la bonne heure," dit Richelieu ; " mais je dois vous prévenir que les affaires de moment sont difficiles. Voici l'heure où l'on m'apporte mon travail ordinaire.”

Je m'en charge,” reprit Louis : "j'ouvrirai les portefeuilles, je donnerai mes ordres.'

Essayez donc," dit Richelieu ; "je me retire, et, si quelque chose vous arrête, vous m'appellerez.”

Il sonna: à l'instant même, et comme s'ils eussent attendu le signal, quatre vigoreux valets de pied entrèrent et emportèrent son fauteuil et sa personne dans un autre appartement; car il ne pouvait plus marcher. En passant dans la chambre où travaillaient les secrétaires, il dit à haute voix :

Qu'on prenne les ordres de sa Majesté ! ” Le roi resta seul. Fort de sa nouvelle résolution, et fier d'avoir une fois résisté, il voulut sur-le-champ, se mettre à l'ouvrage politique. Il fit le tour de l'immense table, et vit autant de portefeuilles que l'on comptait alors d'empires, de royaumes, et de cercles dans l'Europe. Il en ouvrit un, et le trouva divisés en cases, dont le nombre égalait celui des subdivisions de tout le pays auquel il était destiné. Tout était en ordre, mais en un ordre effrayant pour lui; parceque chaque note ne renfermait que la quintessence de chaque affaire, si l'on peut parler ainsi, et ne touchait que le point juste des relations du moment avec la France. Ce laconisme était à peu près aussi énigmatique pour

Louis que les lettres en chiffres qui couvraient la table. Là, tout était confusion. Sur des édits de bannissement et d'expropriation des Huguenots de la Rochelle se trouvaient jetés les traités avec Gustave-Adolphe et les Huguenots du Nord contre l’Empire ; des notes sur le Général Bannier, sur Walstein, le duc de Weimar, et Jean de Wert, étaient roulées pêle-mêle avec le détail des lettres trouvées dans la cassette de la reine, la liste de ses colliers et des bijoux qu'ils renfermaient, et la double interprétation qu'on eût pu donner à chaque phrase de ses billets. Sur la marge de l'un d'eux étaient ces mots “Sur quatre lignes de l'écriture d'un homme, on peut lui faire un procés criminel.” Plus loin étaient entassées les dénonciations contre les Huguenots, les plans de république qu'ils avaient arrêtés, la division de la France en cercles sous la dictature annuelle d'un chef; le sceau de cet état projeté y était joint, représentant un ange appuyé sur un croix, et tenant à la main la Bible, qu'il élevait sur son front. A côté était une liste des cardinaux que le Pape avait nommés autrefois le même jour que l'évêque de Luçon (Richelieu), Parmi eux se trouvait le Marquis de Bédémar, ambassadeur conspirateur à Venise.

Louis XIII. épuisait en vain ses forces sur des détails d'une autre époque, cherchant inutilement les papiers relatifs à la conjuration, et propres à lui montrer son véritable naud et ce que l'on avait tenté contre lui-même, lorsqu'un petit homme d'une figure olivâtre, d'une taille courbée, d'une démarche contrainte et dévote, entra dans le cabinet; c'était un secrétaire d'état, nommé Desnoyers; il s'avança en saluant :

Puis-je parler à sa Majesté des affaires du Portugal ?” dit-il.

“D’Espagne, par conséquent," dit Louis; “le Portugal est une province d'Espagne.”

“De Portugal,” insista Desnoyers. * Voici le manifeste que nous recevons à l'instant." Et il lut:

“Don Juan, par la grâce de Dieu, roi de Portugal, des Algarves, royaumes deça l'Afrique, seigneur de la Guinée, conqueste, navigation et commerce de l'Estropie, Arabie, Perse, et les Indes

“Qu'est-ce que tout cela ?" dit le roi; " qui parle donc ainsi ?"

" Le duc de Bragance, roi de Portugal, couronné il y a déjà

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