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Le voici, le voici !"

Qui cela ?" demanda-t-on de toutes parts. “Eh bien ! parbleu ! l'oncle Bruno," répondit une voix forte et joviale.

La famille entière se retourna. Un matelot venait de s'arrêter sur le seuil et restait encadré dans la baie de la porte subitement ouverte; il tenait sur le poing droit un perroquet vert, et de la main gauche un singe de moyenne espèce.

Les petits enfants épouvantés se sauvèrent dans le giron de la grand mère qui ne put elle-même retenir un cri. Martin, Clémence, et la servante regardaient stupéfiés.

“Comment, est-ce qu'on a peur de ma ménagerie ?” reprit Bruno en riant.

Allons, braves gens, remettez-vous le coeur, et qu'on s'embrasse ; je viens de faire trois mille lieues pour ça !

!" Martin se hasarda le premier ; puis vinrent Clémence, la veuve, et les plus grands de ses petits-fils; mais rien ne put décider la petite-fille ni le cadet à s'approcher.

Bruno s'en dédommagea en embrassant Julienne.

“Par ma foi ! j'ai cru que je n'arriverais jamais," reprit-il ; “mais savez-vous, maman Mauvaire, qu'il y a une bonne bordée à courir de Dieppe à votre maison ?”

Martin remarqua alors les chaussures du marin qui étaient couvertes de poussière.

“Est-ce que l'oncle Bruno est venu à pied ?" demanda-t-il, tout surpris.

“Pardieu ! voudrais-tu que je fusse venu en canot à travers vos champs de blé?" répondit le matelot gaiement.

Martin se tourna vers la porte :-
"Mais-les bagages ?” hasarda-t-il.
“Mes bagages, je les ai sur moi," dit Bruno.

"Un marin, mon petit, ça n'a besoin pour garde-robe que d'une pipe et d'un bonnet d& nuit."

La veuve et les enfants se regardèrent.

“Pardon," objecta le garçon; "mais, d'après la lettre de l'oncle, j'avais cru

Quoi donc ? que j'arrivais avec un vaisseau à trois ponts ?” "Non,” reprit Martin, qui s'efforça de rire agréablement ; “mais avec vos malles ... pour un long séjour; car vous nous aviez fait espérer que vous resteriez longtemps."

D

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" Moi ?"

“La preuve, c'est que vous nous avez dit, venir avec tout ce que vous possédies."

“Eh bien, le voilà, tout ce que je possède !" s'écria Bruno, mon singe et mon perroquet."

Quoi ! c'est tout ?" s'écria la famille d'une seule voix. “Avec mon coffre de matelot, où il y a pas mal de bas sans pieds et de chemises dépouillées de manches ! Mais on n'en est pas plus triste pour ça, les enfants. Tant que la conscience et l'estomac sont en bon état, le reste n'est qu'une farce ! Faites excuses, belle-sœur; je vois là du cidre, et vos quatre lieues de chemin de terre m'ont desséché le gosier. Houp! Rochambeau, salue les parents !”

Le singe fit trois gambades, puis alla s'asseoir un peu plus loin en se grattant le museau.

Le marin, qui avait gagné la table, se servit à boire.

La famille paraissait consternée. En voyant le couvert mis, Bruno s'était assis sans façon, et avait déclaré qu'il mourait de faim. Bon gré, mal gré, il fallut servir la soupe aux pommes et le lard fumé qui avaient été aperçus; mais la veuve Mauvaire referma le buffet sur le reste.

Le matelot que Martin continuait à interroger, raconta alors comment il avait parcouru vingt ans les mers de l'Inde sous divers pavillons, sans autres gains que sa paye, aussitôt dépensée que reçue. Enfin, au bout d'une heure, il parut évident que l'oncle Bruno n'avait pour fortune que beaucoup de bonne humeur et un excellent appétit.

Le désappointement fut général, mais se traduisit selon le caractère de chacun. Tandis qu'il n'éveillait chez Clémence que de la surprise mêlée d'un peu de tristesse, chez Martin c'était un dépit humilié, et chez la veuve du regret et de la colère. Ce changement de dispositions ne tarda pas à s'exprimer. Le singe ayant effrayé la petite fille en la poursuivant, sa grandmère exigea qu'il fût relégué dans une écurie abandonnée; et le perroquet s'étant permis de becqueter dans l'assiette du matelot, Martin le déclara impossible à supporter.

Clémence ne dit rien, mais elle sortit avec Juliette pour vaquer aux soins du ménage, tandis que la veuve allait reprendre son rouet hors du seuil.

Resté seul avec son neveu, qui cherchait à donner l'apparence de la distraction à son air maussade, l'oncle Bruno reposa tranquillement le verre qu'il avait vidé à petits coups, sifflota un instant, puis s'appuyant des deux coudes sur la table, il regarda Martin en face.

“Sais-tu bien, garçon," dit-il tranquillement, “que le vent me paraît être un peu au nord-est dans la maison ? Vous avez tous des mines qui font froid au coeur, et personne ne m'a encore adressé ici le plus petit mot d'amitié. C'est pas comme ça qu'on reçoit un parent qu'on n'a pas vu depuis vingt ans !”

Martin répondit assez brusquement que l'accueil était ce qu'il pouvait être, et qu'il ne dépendait pas d'eux de lui faire meilleure chère.

"Mais il dépend de vous de faire meilleur visage," répliqua Bruno, “et vous m'avez reçu comme un grain blanc. Au reste, c'est assez causé sur l'article, mon petit ; j'aime pas les querelles de ménage. Rappelle-coi bien seulement, que vous vous repentirez un jour de la chose : je ne dis que ça !"

Ayant ainsi parlé, le matelot se coupa une nouvelle tranche de lard et se remit à manger.

Martin, frappé de ces paroles, eut un soupçon.

“ L'oncle Bruno n'aurait point cet air d'assurance," pensat-il, “s'il ne possédait, comme il le prétend, qu'un singe et un perroquet ! Nous avons été dupes d'une ruse ; il a voulu nous éprouver, et l'espèce de menace qu'il vient de me faire l'a trahi; vite, tâchons de réparer notre sottise et de le ramener à

nous !"

Il courut à sa mère et à sa soeur pour leur faire part de sa découverte. Toutes deux se hâtèrent de rentrer; les visages qui étaient partis renfrognés, revenaient épanouis et souriants. La veuve s'excusa de ce que les nécessités du ménage l'eussent forcée à quitter le cher beau-frère, et s'étonna de ne pas voir la table mieux servie.

“Eh bien! où est donc le gâteau?" s'écria-t-elle ; " où sont les fouasses et la crême que j'avais mis à part pour Bruno? Julienne, à quoi pensez-vous, ma chère ? Et vous, Clémence, , voyez s'il ne reste pas des noisettes dans le petit buffet; ça aiguise les dents, et ça aide à boire le piot."

La jeune fille obéit, et, quand tout fut sur la table, elle vint s'asseoir souriante vis-à-vis du matelot. Celui-ci la regarda avec complaisance.

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“Eh bien, à la bonne heure !" dit-il ; “voilà une figure de vraie parente ; je retrouve la fille de mon pauvre Georges !”

Et lui passant la main sous le menton :

“Du reste, c'est pas d'aujourd'hui que je te connais, petiote," ajouta-t-il; " il y a longtemps qu'on me parle de toi.”

“Qui cela ?" demanda la jeune fille étonnée.

Avant que le matelot eût répondu, une voix haute et brève fit entendre le nom de Clémence! Celle-ci se retourna stupéfaite, et ne vit personne.

“Ah, ah! tu ne sais pas qui t'appelle !" dit le matelot en riant. “Clémence, Clémence !” redit la même voix. “C'est le perroquet !” s'écria Martin.

“Le perroquet l" répéta la jeune fille ; " et qui donc lui a appris mon nom ?"

Quelqu'un qui ne l'a pas oublié," répliqua Bruno en clignant de l'oeil. “ Vous, mon oncle?"

Non, fillette; mais un jeune maletot né natif d'Omonville.” - Marc !”

Je crois bien que c'est son nom !" “Vous l'avez donc vu, mon oncle ?

“Un peu, par la raison que je suis revenu sur le navire où il était embarqué."

“Il est de retour ?"

“Avec une part de voyage qui lui permettra, dit-il, de se mettre en ménage sans avoir besoin de ses parents pour lui pendre la crémaillère.”

“ Et il vous a parlé- ?"

"De toi," dit le marin, qui acheva la pensée de sa nièce, "assez souvent pour que Jako ait retenu le nom, comme tu vois.”

Clémence devint rouge de plaisir, et la veuve elle-même ne put retenir un geste de satisfaction. Le mariage projeté entre sa fille et Marc lui avait toujours souri, et elle s'était sérieusement affligée des obstacles apportés, dans ces derniers temps, par la famille du jeune homme. Bruno lui apprit que celui-ci n'avait été retenu à Dieppe que par les formalités nécessaires à son débarquement, et qu'il arriverait probablement le lendemain, plus amoureux que jamais.

Cette nouvelle réjouit tout le monde, mais particulièrement Clémence, qui embrassa son oncle avec un véritable transport

de reconnaissance. Bruno la retint un instant, la tête sur son épaule.

Allons, nous voilà bons amis, à la vie à la mort, pas vrai?” dit-il en riant; "aussi, pour que tu ne t'ennuies pas trop à attendre le matelot, je te donne mon perroquet; ça te parlera de lui.”

Clémence embrassa de nouveau son oncle avec mille remercîments et tendit les mains à l'oiseau, dont elle n'avait plus peur ; il s'élance sur son bras en criant,

Bonjour, Clémence !" Tout le monde éclata de rire, et la jeune fille ravie l'emporta en le baisant.

“Vous venez de faire une heureuse, frère Bruno," dit la veuve, qui la suivit des yeux.

“Je voudrais bien que ce ne fût pas la seule," répondit le marin, en redevenant sérieux; “vous aussi, belle-sæur, j'aurais quelque chose à vous offrir; mais j'ai peur de vous remuer un triste souvenir dans le coeur.

Il s'agit de mon fils Didier !" s'écria la vieille femme, avec cette lucide promptitude des mères.

“ Vous l'avez dit," reprit Bruno. « Quand il a fait naufrage, là-bas, nous étions malheureusement séparés. .... Si le bon Dieu nous eût mis sur le même navire, qui sait? Je nage à rendre des points aux marsouins, moi ; j'aurais peut-être pu lui donner un coup d'épaule, comme à l'affaire de Tréport."

“En effet, vous lui aviez une fois sauvé la vie !" s'écria la veuve, subitement rappelée à un lointain souvenir; “je n'aurais jamais dù l'oublier, beau-frère."

Elle avait tendu une main au matelot; celui-ci la serra dans les siennes.

“ Bah! c'est rien,” dit-il avec bonhomie ; un simple service de voisinage; mais dans l'Inde il n'y avait pas moyen: quand notre navire est arrivé, celui de Didier était à la côte depuis quinze jours. Tout ce que j'ai pu faire, c'a été de savoir où on l'avait enterré, et d'y planter une croix de bambou.”

“Vous avez fait cela !" s'écria la mère baignée de larmes ; s oh! merci, Bruno, merci, frère !"

C'est pas tout,” reprit le matelot, qui s'attendrissait malgré lui : "j'ai su que des gueux de Lascars avaient vendu les nippes des noyés; si bien qu'à force de chercher j'ai retrouvé la montre

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