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A cette assurance quelque sérénité reparut dans les traits du roi ; il s'assit ; Bradshaw reprit la parole:

Messieurs," dit-il, “ il est bien connu de tous que le prisonnier ici à la barre a été plusieurs fois amené devant la cour pour répondre à une accusation de trahison et autres grands crimes, présentée contre lui au nom du peuple d'Angleterre

"Pas la moitié du peuple !” s'écria la même voix qui avait répondu au nom de Fairfax : "où est le peuple? où est son consentement? Olivier Cromwell est un traître."

L'assemblée entière tressaillit; tous les regards se tournèrent vers la galerie : "A bas les femmes !" s'écria Axtell ; “soldats, feu sur elles !” On reconnut Lady Fairfax.

Un trouble général éclata ; les soldats, partout répandus et menaçants avaient grande peine à le contenir ; l'ordre enfin un peu rétabli

, Bradshaw rappela le refus obstiné qu'avait fait le roi de répondre à l'accusation, la notoriété des crimes qui lui étaient imputés, et déclara que la cour, d'accord sur la sentence, consentait cependant, avant de la prononcer, à entendre la défense du prisonnier, pourvu qu'il renonçât à contester sa juridiction. • Je demande," dit le roi, “à être entendu dans la chambre peinte, par les lords et les communes, sur une proposition qui importe bien plus à la paix du royaume et à la liberté de mes sujets qu'à ma propre conservation.

Une vive agitation se répandit dans la cour et dans l'assemblée : amis ou ennemis, tous cherchaient à deviner dans quel but le roi demandait cette conférence avec les deux chambres, et ce qu'il pouvait avoir à leur proposer ; mille bruits divers en couraient; la plupart semblaient croire qu'il voulait offrir d'abdiquer la couronne en faveur de son fils. Mais quoi qu'il en fût, l'embarras de la cour était extrême; le parti, malgré son triomphe, ne se sentait en mesure ni de perdre du temps, ni de courir de nouveaux hasards; parmi les juges eux-mêmes, quelque ébranlement se laissait entrevoir. Pour éluder le péril, Bradshaw soutint que la demande du roi n'était qu'un artifice pour échapper encore à la juridiction de la cour; un long et subtil débat s'engagea entre eux à ce sujet. Charles insistait toujours plus vivement pour être entendu; mais à chaque fois les soldats devenaient autour de lui plus bruyants et plus injurieux; les uns allumaient du tabac et en poussaient vers lui la fumée, les autres murmuraient en termes grossiers de la lenteur du procès ;

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Axtell riait et plaisantait tout haut. En vain, à plusieurs reprises, le roi se tourna vers eux, et tantôt du geste, tantôt de la voix, essaya d'obtenir quelques moments d'attention, de silence du moins; on lui répondait par des cris de “ Justice ! exécution!” Troublé enfin, presque hors de lui : " Ecoutez-moi, écoutez-moi !" s'écria-t-il avec un accent passionné: les mêmes cris recommençaient; un mouvement inattendu se manifesta dans les rangs de la cour. Un des membres, le Colonel Downs, s'agitait sur son siége; vainement ses deux voisins, Cowley et le Colonel Wauton, s'efforçaient de le contenir : “Avons-nous donc des cours de pierre ?” disait-il; “sommes-nous des hommes ? " Vous nous perdrez, et vous-même avec nous,' lui dit Cowley.--"N'importe," reprit Downs; "dussé-je en mourir, il faut que je le fasse." A ce mot Cromwell, qui siégeait au-dessous de lui, se retourna brusquement: “Colonel,” lui dit-il, “ êtes-vous dans votre bon sens ? A quoi pensez-vous ? Ne pouvez-vous pas vous tenir tranquille ? "

Non,” reprit Downs, "je ne puis me tenir tranquille ;" et se levant aussitôt : “My Lord,” dit-il au président, “ma conscience n'est pas assez éclairée pour me permettre de repousser la requête du prisonnier ; je demande que la cour se retire pour en délibérer.”_" Puisqu'un des membres le désire," répondit gravement Bradshaw, “la cour doit se retirer;" et ils passèrent tous à l'instant dans une salle voisine.

A peine ils y étaient, Cromwell apostropha rudement le Colonel, lui demanda compte du dérangement et de l'embarras qu'il causait à la cour. Downs se défendit avec trouble, alléguant que peut-être les propositions du roi seraient satisfaisantes ; qu'après tout, ce qu'on avait cherché, ce qu'on cherchait encore, c'étaient de bonnes et solides guaranties ; qu'il ne fallait pas refuser, sans les connaître, celles que le roi voulait offrir; qu'on lui devait au moins de l'entendre, de respecter envers lui les plus simples règles du droit commun. Cromwell l'écoutait avec une brutale impatience, s'agitant autour de lui, l'interrompant à tout propos: “Nous voilà enfin instruits," dit-il,“ des grandes raisons du colonel pour nous déranger de la sorte; il ne sait pas qu'il a affaire au plus inflexible' mortel qui soit au monde : convient-il que la cour se laisse distraire et entraver par l'entêtement d'un seul homme ? Nous voyons bien le fond de tout ceci; il voudrait sauver son ancien maître ; finissons-en, rentrons et faisons notre devoir.” En vain le Colonel Harvey et quelques autres appuyèrent le voeu de Downs ; la discussion fut promptement étouffée ; au bout d'une demi-heure la cour rentra en séance, et Bradshaw déclara au roi qu'elle repoussait sa proposition.

Charles parut vaincu et n'insista plus que faiblement. “Si vous n'avez rien à ajouter," lui dit Bradshaw, "on procèdera à la sentence.”

"Je n'ajouterai rien, monsieur," répondit le roi; " je désirerais seulement qu'on enregistrât ce que j'ai dit." Bradshaw, sans répondre, lui annonça qu'il allait entendre son jugement; mais avant d'en ordonner la lecture, il adressa au roi un long discours, solennelle apologie de la conduite du parlement, où tous les torts du roi furent rappelés et tous les maux de la guerre

civile rejetés sur lui seul, puisque sa tyrannie avait fait de la résistance un devoir aussi bien qu'une nécessité. Le langage de l'orateur était dur, amer, mais grave, pieux, exempt d'insulte, et sa conviction évidemment profonde quoique mêlée de quelque émotion vindicative. Le roi l'écouta sans l'interrompre et avec une égale gravité. A mesure cependant que le discours avançait vers sa fin, un trouble visible s'empara de lui; au moment où Bradshaw se tut, il essaya de prendre la parole; Bradshaw s'y opposa, et donna ordre au greffier de lire la sentence. La lecture achevée : " C'est ici," dit-il, “ l'acte, l'avis, le jugement unanime de la cour," et la cour se leva tout entière en signe d'assentiment.

Monsieur,” dit brusquement le roi, "voulez-vous écouter une parole?”

Monsieur, vous ne pouvez être entendu après la sentence.”

Non, monsieur ?" “Non, monsieur; avec votre permission, monsieur. Gardes, emmenez le prisonnier." “Je puis parler après la sentence. ....

Avec votre permission, monsieur, j'ai toujours le droit de parler après la

Je dis, monsieur, que On ne me permet pas de parler, pensez quelle justice peuvent attendre les autres *

A ce moment des soldats l'entourèrent, et l'enlevant de la barre, l'emmenèrent avec violence jusqu'au lieu où l'attendait sa chaise : il eut à subir, en descendant l'escalier, les plus grossières insultes; les uns jetaient sur ses pas leur pipe allumée ; les

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autres lui soufflaient la fumée de leur tabac au visage ; tous criaient à ses oreilles : " Justice ! exécution !” A ces cris, cependant, le peuple mêlait encore quelquefois les siens: "Dieu sauve votre Majesté ! Dieu délivre votre Majesté des mains de ses ennemis !" et tant qu'il ne fut pas enfermé dans sa chaise, les porteurs demeurèrent tête nue, malgré les ordres d’Axtell, qui s'emporta jusqu'à les frapper. On se mit en marche pour Whitehall

, des troupes bordáitiit les deux côtés de la route; devant les boutiques, les portes, aux fenêtres se tenait une foule immense, la plupart silencieux, d'autres pleurant, quelques-uns priant tout haut pour le roi. De moment en moment les soldats, pour célébrer leur triomphe, renouvelaient leurs cris : "Justice ! justice! exécution !” Mais Charles avait recouvré sa sérénité. Parlant de leur haine : “ Pauvrej gens, dit-il, en sortant de sa chaise, “pour un schilling ils en crieraient autant contre leurs officiers.” Guizot.

25. Exécution de Charles I.

son lit.

Après quatre heures d'un sommeil profond, Charles sortait de

“ J'ai une grande affaire à terminer,” dit il à Herbert, “ il faut que je me lève promptement;" et il se mit à sa toilette. Herbert troublé le peignait avec moins de soin : "Prenez, je vous prie,” lui dit le roi, " la même peine qu'à l'ordinaire; quoique ma tête ne doive pas rester longtemps sur mes épaules, je veux être paré aujourd'hui comme un marié.” En s'habillant il demanda une chemise de plus. "La saison est si froide," dit-il, " que je pourrais trembler

, quelques personnes l'attribueraient peut-être à la peur; je ne veux pas qu'une telle supposition soit possible." Le jour à peine levé, l'évêque arriva et commença les exercises religieux. Comme il lisait, dans le xxviie chapitre de l'évangile selon saint Matthieu, le récit de la passion de Jésus Christ, “My lord,” lui demanda le roi, “avez-vous choisi ce chapitre comme le plus applicable à ma situation ?”—“ Je prie votre Majesté de remarquer" répondit l'évêque, “que c'est l'évangile du jour, comme le prouve le calendrier.” Le roi parut profondément touché, et continua ses prières avec un redoublement de ferveur. Vers dix heures, on frappa doucement à la porte de sa chambre; Herbert demeurait immobile : un second coup

se fit entendre un peu plus fort, quoique léger encore: “ Allez voir qui est là,” dit le roi. C'était le Colonel Hacker. “Faitesle entrer," dit-il. Sire," dit le colonel à voix basse et à demi tremblant, “voici le moment d'aller à Whitehall; votre Majesté aura encore plus d'une heure pour s'y reposer.”—“ Je pars dans l'instant," répondit Charles, "laissez-moi.” Hacker sortit. Le roi se recueillit encore quelques minutes, puis, prenant l'évêque par la main : "Venez," dit-il, "partons : Herbert, ouvrez la porte; Hacker m'avertit pour la seconde fois.” Et il descendit dans le parc qu'il devait traverser pour se rendre à Whitehall.

Hacker frappa à la porte. Juxon et Herbert tombèrent à genoux. “Relevez-vous, mon vieil ami," dit le roi à l'évêque en lui tendant la main. Hacker frappa de nouveau : Charles fit ouvrir la porte. “Marchez,” dit-il au colonel,“ je vous suis.” Il s'avança le long de la salle des banquets, toujours entre deux haies de troupes. Une foule d'hommes et de femmes s'y étaient précipités au péril de leur vie, immobiles derrière la garde et priant pour le roi à mesure qu'il passait; les soldats, silencieux eux-mêmes, ne les rudoyaient point. A l'extrémité de la salle, une ouverture, pratiquée la veille dans le mur, conduisait de plain pied à l'échafaud tendu de noir; deux hommes étaient debout auprès de la hache, tous deux en habit de matelots et masqués. Le roi arriva, la tête haute, promenant de tous côtés ses regards, et cherchant le peuple pour lui parler : mais les troupes seules couvraient la place; nul ne pouvait approcher. Il se tourna vers Juxon et Tomlinson. "Je ne puis guère être entendu que de vous,” leur dit-il, “ce sera dont à vous que j'adresserai quelques paroles;" et il leur adressa en effet un petit discours qu'il avait préparé, grave et calme jusqu'à la froideur, uniquement appliqué à soutenir qu'il avait eu raison; que le mépris des droits du souverain était la vraie cause des malheurs du peuple; que le peuple ne devait avoir aucune part dans le gouvernement; qu'à cette seule condition, le royaume retrouverait la paix et ses libertés. Pendant qu'il parlait, quelqu'un toucha à la hache; il se retourna précipitamment, disant: “Ne gâtez pas la hache, elle me ferait · plus de mal;" et son discours terminé, quelqu'un s'en approchant encore: Prenez garde à la hache, prenez garde à la hache!” répéta-t-il d’un ton d'effroi. Le plus profond silence régnait; il mit sur sa tête un bonnet de soie, et s'adressant à l'exécuteur : “Mes cheveux vous gênent-ils ?"_" Je prie votre

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