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5. Le Charlatan.

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Un voyageur bien vêtu entra un dimanche au soir dans un cabaret de village, où il sê fit donner une poularde et une bouteille du meilleur vin. A peine eut-il porté le premier morceau à sa bouche, qu'il se mit à gémir d'une manière pitoyable, se disant tourmenté depuis quinze jours d'un horrible mal de dents. Tous les paysans qui se trouvaient là, lui témoignèrent une grande compassion. Quelques instants après survint un empirique, qui s'étant

assis dans un coin, demanda un verre d'eau-de-vie. Lorsqu'on l'eut, informé de l'indisposition de l'étranger, il assura qu'il y apporterait bon remède. Il tira de sa cassette un petit morceau de papier doré, artistement plié, l'ouvrit, et dit : “ Monsieur, vous n'avez qu'à mouiller le bout du doigt, et après l'avoir trempé dans la poudre que voici, vous l'appliquerez sur la dent." L'étranger ayant fait ce qui lui avait été prescrit, s'écria aussitôt: “Dieu ! quel bien-être subit j'éprouve ! toute douleur s'est à l'instant évanouie." Alors, ayant fait présent d'un écu à l'empirique, il l'invita à souper avec lui.

Toutes les personnes qui se trouvaient à l'auberge, et tous les habitants du village, s'empressèrent d'acheter de cette précieuse poudre, et le charlatan en vendit bien cent petits paquets à soixante centimes chacun. Lorsqu'ensuite quelque paysan se plaignait du mal de dents, on accourait avec le remède merveilleux, qui, au grand étonnement de tout le monde, ne soulagea personne.

Enfin la supercherie vint au jour. On apprit que les deux voyageurs s'étaient donné le mot, pour tromper les bons villageois. La poudre n'était rien qu'un peu de craie. Les deux fripons expièrent dans une maison de correction ce tour, et bien d'autres encore, qu'ils avaient faits. Anon.

6. L'Homme au Masque de Fer. En 1661, quelques mois après la mort du cardinal Mazarin, il arriva un événement qui n'a point d'exemple; et ce qui est non moins étrange, c'est que tous les historiens l'ont ignoré. On envoya dans le plus grand secret au château de l'ile Ste. Marguerite dans la mer de Provence, un prisonnier inconnu, d'une taille au-dessus de l'ordinaire, jeune et de la figure la plus belle et la plus noble. Ce prisonnier dans la route portait un maşque, dont la mentonnière avait des ressorts d'acier, et qui lui laissaient la liberté de manger avec le masque sur son visage. On avait ordre de le tuer s'il se découvrait. Il resta dans l'île jusqu'à ce qu'un officier de confiance, nommé Saint-Mars, gouverneur de Pignerol, ayant été fait gouverneur de la Bastille lan 1690, l'alla prendre à l'île Ste. Marguerite et le conduisit à la Bastille toujours masqué. Le marquis de Louvois alla le voir dans cette île, et lui parla debout et avec une considération qui tenait du respect. Cet inconnu fut mené à la Bastille, où il fut logé aussi bien qu'on peut l'être dans le château. On ne lui refusait rien de ce qu'il demandait : son plus grand goût était pour le linge d'une finesse extraordinaire et pour les dentelles. Il jouait de la guitare. On lui faisait la plus grande chère, et le gouverneur s'asseyait rarement devant lui. Un vieux médecin de la Bastille, qui avait souvent traité cet homme singulier dans ses maladies, a dit qu'il n'avait jamais vu son visage, quoiqu'il eût souvent examiné sa langue et le reste de son corps. Il était admirablement bien fait, disait ce médecin; sa peau était un peu brune, et il intéressait par le seul ton de sa voix, ne se plaignant jamais de son état, et ne laissant point entrevoir ce qu'il pouvait être.

Cet inconnu mourut en 1703, et fut enterré la nuit à la paroisse de St. Paul. Ce qui redouble l'étonnement, c'est que quand on l'envoya dans l'ile Ste. Marguerite il ne disparut dans l'Europe aucun homme considérable. Le prisonnier l'était sans doute; car voici ce qui arriva les premiers jours qu'il était dans l'île. Le gouverneur mettait lui-même les plats sur la table, et ensuite se retirait après l'avoir enfermé. Un jour le prisonnier écrivit'avec un couteau sur une assiette qu'il jeta par la fenêtre vers un bateau qui était au rivage, presqu'au pied de la tour. Un pêcheur à qui ce bateau appartenait ramassa l'assiette et la rapporta au gouverneur. Celui-ci, étonné, demanda au pêcheur : “Avez-vous lu ce qui est écrit sur cette assiette, et quelqu'un l'a-t-il vue entre vos mains ?"_" Je ne sais pas lire,” répondit le pêcheur; “je viens de la trouver; personne ne l'a vue.” Ce paysan fut retenu jusqu'à ce que le gouverneur fut bien informe qu'il n'avait jamais lu, et que l'assiette n'avait été vue de personne. Allez,” lui dit-il; “vous êtes bien heureux de ne savoir pas

lire."

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secret.

Parmi les personnes qui ont eu une connaissance immédiate de ce fait

, il y en a une très-digne de foi, qui vit encore (1760). M. de Chamillart fut le dernier ministre qui eut cet étrange

Le second maréchal de la Feuillade, son gendre, m'a dit qu'à la mort de son beau-père il le conjura à genoux de lui apprendre ce que c'était que cet homme qu'on ne connut jamais que sous le nom de l'Homme au Masque de Fer. Chamillart lui répondit que c'était le secret de l'état, et qu'il avait fait serment de ne le révéler jamais. Enfin il reste encore beacoup de mes contemporains qui déposent de la vérité de ce que j'avance; et je ne connais point de fait ni plus extraordinaire ni mieux constaté. Voltaire.

7. Gil Blas transformé en Médecin.

Ecoute, mon enfant," me dit un jour le docteur Sangrado, "je ne suis point de ces maîtres durs et ingrats qui laissent vieillir leurs domestiques dans la servitude avant de les récompenser. Je suis content de toi, je t'aime; et, sans attendre que tu m'aies servi plus longtemps, je vais faire ton bonheur. Je veux tout-àl'heure te découvrir le fin de l'art salutaire que je professe depuis tant d'années. Les autres médecins en font consister la connaissance dans mille sciences pénibles ; et moi, je prétends tabréger un chemin si long, et t'épargner la peine d'étudier la physique, la pharmacie, la botanique, l'anatomie. Sache, mon ami, qu'il ne faut que saigner et faire boire de l'eau chaude : voilà le secret de guérir toutes les maladies du monde. Oui, ce merveilleux secret que je te révèle, et que la nature, impénétrable à mes confrères, n'a pu dérober à mes observations, est renfermé dans ces deux points: dans la saignée et dans la boisson fréquente. Je n'ai plus rien à t'apprendre; tu sais la médecine à fond, et, profitant du fruit de ma longue expérience, tu deviens tout d'un coup aussi habile que moi.”

Je remerciai le docteur Sangrado de m'avoir si promptement rendu capable de lui servir de substitut ; et pour reconnaître les bontés qu'il avait pour moi, je l'assurai que je suivrais toute ma vie ses opinions, quand elles seraient contraires à celles d’Hippocrate. . Cette assurance pourtant n'était pas tout-à-fait sincère; je désapprouvais son sentiment sur l'eau, et je me proposais de boire du vin tous les jours en allant voir mes malades. Je pendis au croc mon habit, pour en prendre un de mon maître, et me donner l'air d'un médecin. Après quoi je me disposai à exercer la médecine aux dépens de qui il appartiendrait

. Je débutai par un alguazil qui avait une pleurésie ; j'ordonnai qu'on le saignât sans miséricorde, et qu'on ne lui plaignît point l'eau. J'entrai ensuite chez un pâtissier à qui la goutte faisait pousser de grands cris. Je ne ménageai pas plus son sang que celui de l'alguazil, et je ne lui défendis point la boisson. Je reçus douze réaux pour mes ordonnances; ce qui me fit prendre tant de goût à la profession que je ne demandai plus que plaie et bosse. En sortant de la maison du pâtissier, je rencontrai Fabrice, que je n'avais point vu depuis la mort du licencié Sédillo. Il me regarda pendant quelque temps avec surprise ; puis il se mit à rire de toute sa force en se tenant les côtés. Ce n'était pas sans raison ; j'avais un manteau qui traînait à terre, avec un pourpoint et un haut-de-chausses quatre fois plus long et plus large qu'il ne fallait. Je pouvais passer pour une figure originale. Je le laissai s'épanouir la rate non sans être tenté de suivre son exemple; mais je me contraignis pour garder le décorum dans la rue, ct mieux contrefaire le médecin, qui n'est pas un animal risible. Si mon air ridicule avait excité les ris de Fabrice, mon sérieux les redoubla ; et lorsqu'il s'en fut bien donné, “Ma foi ! Gil Blas," me dit-il, “te voilà plaisamment équipé! Qui t'a déguisé de la sorte ?” “ Tout beau, mon ami," lui répondis-je, “tout beau ! respecte un nouvel Hippocrate. Apprends que je suis le substitut du fameux docteur Sangrado, qui est le plus éminent médecin de Valladolid. Je demeure chez lui depuis trois semaines. Il m'a montré la médecine à fond; et comme il ne peut fournir à tous les malades qui le demandent, j'en vois une partie, pour le soulager. Il va dans les grandes maisons, et moi dans les petites." " Fort bien," reprit Fabrice; "c'est-à-dire qu'il t'abandonne le sang du peuple et se réserve celui des personnes de qualité. Je te félicite de ton partage; il vaut mieux avoir affaire à la populace qu'au grand monde. Vive un médecin de faubourg ! ses fautes sont moins en vue, et ses assassinats ne font point de bruit. Oui, mon enfant," ajouta-t-il, “ton sort me parait digne d'envie ; et pour parler comme Alexandre, si je n'étais pas Fabrice, je voudrais être Gil Blas." Le Sage, 1668–1747.

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8. Histoires Persanes.

I.

Un tyran demandait à un derviche quelle était la meilleure des prières. “ La meilleure pour toi," répondit le derviche, “est de dormir pendant la moitié du jour: du moins tes sujets respireront pendant ton sommeil."

II.

Nourschirvan, surnommé le juste, étant un jour à la chasse, voulut manger du gibier qu'il avait tué; mais comme il n'avait point de sel, on envoya un esclave pour en chercher au village voisin. Nourschirvan recommanda de le payer exactement, de peur d'introduire un usage qui serait dans la suite funeste aux campagnes. “Eh! quel si grand malheur," dirent les courtisans, “ peut naître d'une chose si peu importante ?" " Les commencements de l'injustice," répondit le prince," sont toujours faibles en naissant, mais elle ne tarde pas à se fortifier, et insensiblement couvre la terre. Qu'un roi prenne un fruit dans un jardin, ses esclaves voudront arracher l'arbre ; qu'il se permette de prendre un euf sans payer, ses soldats tueront toutes les poules. L'auteur de l'injustice passe, mais sa mémoire est livrée à une éternelle exécration."

III.

Un roi avait ordonné de faire mourir un homme innocent. “O prince," dit le malheureux, "prends garde que ta colère contre moi ne tourne à ta perte." “Et comment?” dit le roi. “Parce que mon supplice va dans un moment finir avec moi, et que le tien va commencer, et durera peut-être éternellement.

IV.

Un messager, transporté de joie, vint dire à Nourschirvan: “Le Dieu tout-puissant vient d'enlever du monde un tel votre ennemi,” Nourschirvan lui répondit : "Vous a-t-on appris en même temps que je sois devenu immortel? Comment pourrais-je me réjouir de ce que mon ennemi a terminé sa vie, lorsque je sais que la mienne doit finir ?"

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