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Majesté de les ranger sous son bonnet,” répondit l'homme en s'inclinant. Le roi les rangea avec l'aide de l'évêque. “J'ai pour moi," lui dit-il en prenant ce soin, “une bonne cause et un Dieu clément." “Oui, sire, il n'y a plus qu'un pas à franchir ; il est plein de trouble et d'angoisse, mais de peu de durée, et songez qu'il vous fait faire un grand trajet, il vous transporte de la terre au ciel.”—“ Je passe d'une couronne corruptible à une couronne incorruptible, où je n'aurai à craindre aucun trouble, aucune espèce de trouble.

Et se tournant vers l'exécuteur: “Mes cheveux sont-ils bien?” Il ôta son manteau et son Saint-George, donna le Saint-George à l'évêque en lui disant "Souvenez-vous," ôta son habit, remit son manteau, et regardant le billot: “Placez-le de manière à ce qu'il soit bien ferme," dit-il à l'exécuteur. “Il est ferme, sire." « Je ferai une courte prière, et quand j'étendrai les mains, alors

Il se recueillit, se dit à lui-même quelques mots à voix basse, leva les yeux au ciel, s'agenouilla, posa sa tête sur le billot; l'exécuteur toucha ses cheveux pour les ranger encore sous son bonnet; le roi crut qu'il allait frapper : “Attendez le signe, lui dit-il. Je l'attendrai, sire, avec le bon plaisir de votre Majesté." Au bout d'un instant, le roi tendit les mains; l'exécuteur frappa, la tête tomba au premier coup: “ Voilà la tête d'un traître," dit-il, en la montrant au peuple. Un long et sourd gémissement s'éleva autour de Whitehall. Beaucoup de gens se précipitaient au pied de l'échafaud pour tremper leur mouchoir dans le sang du roi. Deux corps de cavalerie, s'avançant dans deux directions différentes, dispersèrent lentement la foule. L'échafaud demeuré solitaire, on enleva le corps : il était déjà enfermé dans le cercueil. Cromwell voulut le voir, le considéra attentivement, et soulevant de ses mains la tête, comme pour s'assurer qu'elle était bien separée du tronc : “C'était là un corps bien constitué," dit-il, “et qui promettait une longue vie." Guizot, .

26. Marie-Antoinette.

Rien de plus gracieux que Marie-Antoinette de quatorze à dix-sept ans.

Il existe à Schoenbrunn comme à Versailles des portraits de la jeune princesse au front haut de Lorraine, au nez aquilin, et à la bouche Autrichienne de Marie-Thérèse, aux yeux bleus d'Allemagne, avec ce teint si blanc et si beau, qu'il efface le satin de ses vêtemens d'archiduchesse. Quel enthousiasme n'excita pas Marie-Antoinette, quand elle vint s'unir à notre jeune dauphin? Le peuple aime le contraste, et à côté de la cour dissolue de Louis XV. et de Mme. du Barry, on aimait à contempler cette physionomie d'innocence et de candeur qui fit dire au chevaleresque duc de Brissac : “Autour de vous, madame, il il y 'cent mille amoureux de votre personne.” Par la même raison que l'éducation du dauphin avait considérablement influé sur la vie et la destinée du jeune prince qui fut Louis XVI, les conseils et la direction de Marie-Thérèse avaient également exercé une grande influence sur l'esprit et les manières de l'archiduchesse Marie-Antoinette. La vie agitée, héroïque de l'impératrice l'avait entraînée à placer le courage comme la première des vertus, et Marie-Antoinette en hérita de sa mère. Dès qu'elle fut destinée à épouser M. le dauphin, elle reçut une éducation toute Française, sous l'abbé de Vermond, un des hommes les plus distingués, les plus spirituels de ce temps ; sa mère voulut faire de la jeune archiduchesse un lien permanent pour assurer l'alliance entre la France et l'empereur, et ce fut sans doute ce qui fit accuser Marie-Antoinette de demeurer Autrichienne au fond de l'âme; accusation tant répétée, qui ne tenait aucun compte du changement opéré dans la situation diplomatique! A la fin du 18e siècle, le système du Cardinal de Richelieu, pour la grandeur de la maison de Bourbon, avait dû se modifier par la marche des circonstances; les intérêts étaient changés, la France n'avait plus à craindre l'Autriche. Une autre rivalité s'était élevée bien plus, puissante, celle de l'Angleterre, depuis l'avénement de la maison de Hanovre, et le meilleur moyen de tourner toutes les forces de la monarchie contre la Grande-Bretagne, n'était-ce pas d'assurer la paix continentale par une alliance permanente avec l'Autriche. Que MarieThérèse ait voulu consacrer ce principe, en donnant une archiduchesse à la France, cela est exact, mais que Marie-Antoinette, jeune et gracieuse femme, folle comme on l'est à quinze ans, spirituelle enfant aux blonds cheveux, ait été chargée d'un rôle politique ou d'une trahison fatale pour Louis XVI et la France, comme on l'a supposé, et que l'Autriche se soit servie d'une main si frêle pour remuer de hautes questions, c'est absurde à supposer. Il faut laisser ces récits puérils ou scandaleux à cette chronique misérable qui prépara cette épithète d'Autrichienne, avec laquelle on fit monter sur l'échafaud la fille des Césars.

De nobles choses se montrent dans le caractère de MarieAntoinette : l'amitié tendre et affectueuse, une gaieté d'enfant, un besoin de plaisirs naïfs, l'absence de formes, d'étiquette, et ces habitudes allemandes si belles et si bonnes partout. On aurait dit qu'elle était appelée à compléter les portions défectueuses du caractère de Louis XVI, cette empreinte trop grave, trop sérieuse pour une cour de gentilshommes. La jeune princesse ne dominait pas son mari d'une manière violente ou fausse; seulement, comme tous les esprits timides, Louis XVI. avait besoin de quelqu'un qui le poussât incessamment pour le plaisir comme pour la peine, pour la force d'action comme pour la résistance qui persévère. La nature des goûts était diverse entre eux, et cependant ils s'entendaient; car il y avait dans Marie-Antoinette quelque chose de délicat qui la faisait obéir même à ce qu'elle ne croyait ni vrai, ni juste. Les habitudes allemandes inspirent à la femme une résignation douce et bonne ; si Marie-Antoinette avait ses idées, sa volonté, si elle les disait au prince avec une entière franchise, quand celui-ci persistait, l'épouse se dévouait à l'obéissance la plus absolue.

Néanmoins elle se créa de vives inimitiés dans cette cour. Marie-Antoinette, étrangère au milieu de tant de princes, obligée de plaire à Louis XV, coquette même à ce point de caresser la favorite, Mme. du Barry; jeune femme parmi tant d'autres qui ne l’étaient plus; assez belle, assez majestueuse, pour corriger et ennoblir un laisser-aller trop au dessous d'elle, pour ne pas

la compromettre, quelle vengeance pouvait-elle garder au coeur, si ce n'est quelques petits mots contre l'étiquette et les formes qui l'ennuyaient ? Cette étiquette était pour elle comme un vêtement étroit et serré sur le corps d'un enfant qui aime à s'agiter dans des jeux folâtres. On peut s'imaginer la haine des vieilles douarières de la cour contre la dauphine, et ce besoin qu'elle eut de conquérir l'amitié de quelques jeunes femmes, bonnes et aimantes comme elle, les Lamballe, les Polignac, les Vaudreuil, corbeille de fleurs jetées autour de la plus belle, la rose de Trianon, de Versailles. Mon Dieu ! qu'elle est douce et tendre cette correspondance de Marie-Antoinette avec la princesse de Lamballe ! qu'elles sont gracieuses ses lettres à Mme. de Po

lignac! et pourquoi ne voulez-vous pas que la dauphine de France, à seize ans, recherchất quelque joie d'intimité, quelque

entraînement de sensibilité exquise, que la calomnie venue même de très-haut et de ses parens les plus proches, ne sut point épargner ? Capefigue.

27. Louis XIV. à Versailles.

Pour se faire une juste idée de Louis XIV. au moment de son apothéose, il est nécessaire de le suivre à Versailles. Versailles, c'est son oeuvre à lui, sa création. Là tout le symbolise et le personnifie ; c'est son Olympe, son empyrée.

Depuis longtemps Louis XIV. avait en haine toutes les résidences royales. Il détestait Paris, qui lui rappelait “ la Fronde ;" Paris, où gronde la tempête populaire, où “l'ignoble peuple a faim et se plaint. Il n'aimait ni Fontainebleau, ni Chambord, ni Compiègne, peuplés de légendes royales, car il jalousait jusqu'à l'ombre de ses aïeux."

Sa résidence habituelle, Saint-Germain, lui devenait de jour en jour odieuse ; au loin, il apercevait les clochers de SaintDenis, perpétuel memento mori qui troublait l'ivresse de sa puissance. D'ailleurs à Saint-Germain, il avait passé sa jeunesse, il y avait aimé et pleuré avant que d'être dieu, et mille souvenirs s'y attachaient qui lui semblaient nuisibles à sa majesté, à sa dignité, à sa gloire.

Un courtisan caustique, il y en avait, pouvait, aux dépens du maître, y exercer son esprit en faisant à quelque ambassadeur étranger les honneurs du château.

C'est alors qu'il résolut de faire construire un palais à lui, un palais qu'emplirait sa seule personnalité, où on le sentirait vivre encore dans des siècles futurs.

Sur les ordres du roi on jeta les fondements de Versailles; luimême avait choisi l'emplacement.

C'était un désert, et tout y était à créer, “Non seulement les monuments de l'art, mais la nature même." C'est là précisément ce qui décida Louis XIV.

“Il n'y a," dit M. Henri Martin, " point de sites, point d'eau, point d'habitants à Versailles ; les sites, on les créera en créant un immense paysage de main d'homme; les eaux, on les amènera de toute la contrée par des travaux qui effraient

se

l'imagination ; les habitants, on les fera pour ainsi dire sortir de terre en élevant toute une grande cité pour le service du château. Louis se fera ainsi une cité à lui, dont il sera la vie. Versailles et la cour seront le corps et l'âme d'un même être, tous deux créés à même fin pour la glorification du dieu terrestre auquel ils devront l'existence."

Le duc de Créqui appelait Versailles un favori sans mérite. Mais n'était-ce pas un immense mérite que de n'en pas avoir et de devoir tout au maître ?

Versailles s'éleva comme par magie; sans compter, on y prodigua la vie des hommes et les richesses de la France. Que d'années de revenu enfouies dans ces sables stériles ! Là s'épuisa le génie de l'époque, l'industrie enfanta des miracles, l'art du temps dit son dernier mot.

On eut de l'eau, des fontaines jaillissantes, des forêts, arrachées toutes venues aux plus belles forêts de la couronne; le marbre s'entassa sur le marbre.

Mansard, Lebrun, Le Nôtre dirigeaient les travaux ; l'oeuvre avançait. Les bassins étaient creusés, et dans leur eau miraient tous les dieux de la mer, toutes les dryades des fontaines; un peuple de statues animait les bosquets; tout l'Olympe !

Enfin le palais fut terminé. Il était à la taille du maître; des salles immenses, des escaliers de géants. Autour du palais une ville était sortie de terre, et l'on terminait les bâtiments si vastes où s'entassèrent les ministères, les aides, les commis, tout l'attirail de la cour.

Louis XIV. alors se mit au balcon qui regarde le soleil levant, et en apercevant ce paysage splendide, ces jardins enchantés, ces pelouses, ces bosquets, il se sentit le dieu de cet univers, et put dire: "Je suis content, je règne en paix.”

Alors, par toutes les fenêtres de son palais, il commença à jeter ce qui restait de richesses à la France, et dans les cours les courtisans avides se disputaient les dépouilles. Triste curée.

Versailles cependant, avec ses chambres sans nombre, ses casernes babyloniennes, ses communs grands comme cité, Versailles était trop étroit encore pour loger cette foule oisive qui toujours et partout entourait le roi; peuple privilégié au milieu d'un autre peuple, et qui n'avait d'autres fonctions que de concourir à l'éclat du roi soleil. Prêtres de ce

une

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