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chacun attendait avec une fiévreuse impatience l'arrivée de Charles-Quint. Le sauf-conduit avait été donné malgré l'avis du conseil, “ mais bien des gens pensaient que le roi saurait tirer avantage de la venue de l'empereur lorsqu'il le tiendrait en son pouvoir.” Le cardinal de Tournon engageait fort François (er à ne point laisser échapper une occasion si belle d'obtenir l'investiture du duché de Milan; Anne de Montmorency, au contraire, était pour que l'on tînt loyalement une parole librement donnée.

Triboulet, le fou du roi, ne se gênait point pour exprimer hautement l'opinion publique. Il avait un livre, sorte de calendrier de la folie, où il inscrivait le nom de tous ceux qui à son avis semblaient avoir perdu le raison. Sa liste était longue. Un jour, devant le roi, il y inscrivit le nom de CharlesQuint.

Que fais-tu là, bouffon?" demanda le roi. “Vous le voyez, je place dans mon livre des fous votre frère l'empereur qui vient se mettre au pouvoir d'un ennemi.”

“Mais j'ai donné ma parole, bouffon, et l'empereur sortira librement ainsi que je l'ai promis.”

" Si cela arrive," répondit Triboulet, “j'effacerai son nom et je mettrai le vôtre à la place.

La première entrevue des deux souverains eut lieu vers la mi-Décembre, 1539, à Châtellerault

, où François Ier, bien que malade s'était porté avec toute la cour.

“ Les deux rois se jetèrent dans les bras l'un de l'autre, s'embrassant avec tendresse, se faisant mille protestations d'une amitié," sans doute bien loin de leurs coeurs.

Charles-Quint voulait continuer son voyage aussi promptement que possible, mais ce n'était pas le compte de François Ier. Le roi-chevalier voulait faire à son rival les honneurs de la France, et quels honneurs ! Des préparatifs immenses avaient été faits dans toutes les résidences royales ; Paris préparait une entrée digne des deux grands souverains; enfin tous les gentilshommes, jaloux de plaire au maître, avaient emprunté de tous côtés afin de faire assaut de luxe et de richesse.

François Ier voulait éblouir Charles-Quint par son faste, par les richesses, par les splendeurs de sa cour : il réussit a l'étourdir.

Habitué au morne silence du sombre palais de l'Escurial, l'empereur se sentait mal à l'aise au milieu de cette cour bruyante. En voyant toute cette noblesse de France, si vive, si spirituelle, si tapageuse, si amoureuse de festins et de mascarades, il pensait involontairement aux mornes “ricos hombres" qui habitaient ses résidences impériales sans les peupler, et qui même aux jours de fêtes, toujours silencieux et funèbres, semblaient n'avoir d'autre souci que leur dignité de grands d'Espagne.

En écoutant la longue énumération des fêtes de toutes sortes qui l'attendaient, Charles-Quint se sentit pris d'un terrible soupçon : il était payé pour savoir ce que valaient les serments de son frère de France; il trembla en pensant que toutes ces cérémonies n'étaient qu'un vain prétexte pour le retenir.

Il fit cependant “contre fortune bon cour;" il se résigna, mais de ce jour il perdit toute confiance; son front assombri disait toutes ses inquiétudes, ses yeux toujours en mouvement semblaient chercher de quel côté allait venir le piége.

Les fêtes avaient commencé, cependant; mais comme pour justifier les craintes de Charles, à chaque instant arrivait un accident.

A Amboise, une torche maladroite mit le feu aux tentures; il y eut une mêlée terrible. François voulait faire pendre l'auteur de l'accident; mais Charles, à peine remis d'une frayeur facile à comprendre, demanda et obtint sa grâce. Ailleurs, une poutre mal ajustée tomba si près de l'empereur que ses vêtements furent déchirés.

Enfin le 31 Décembre les deux rois couchèrent à Vincennes ; leur entrée à Paris devait avoir lieu le lendemain.

Il faut lire dans les chroniques du temps les détails de cette solennelle entrée. La longueur seule du récit donne une idée de la longueur des processions. Le corps de la ville offrit à Charles-Quint “un Hercule tout d'argent, et revêtu de sa peau de lion en or; le dit Hercule de la hauteur d'un grand homme.

Puis les fêtes de toutes sortes recommencèrent,-bals, festins, concerts, mascarades, comédies burlesques, tournois, chasses aux flambeaux. Mais l'ambitieux Charles-Quint avait peu de goût pour ces pompes frivoles, pour ce faste bruyant, passions de François Ier. Il avait hâte de quitter la France; ses craintes avaient grandi; il ne vivait plus. Un jour, comme il était à cheval, un chevalier sauta en croupe, et le serrant vigoureuse

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ment lui dit d'une voix forte: “Sire empereur, vous êtes mon prisonnier."

L'empereur épouvanté se retourna. Ce n'était qu'une plaisanterie du jeune duc d'Orléans, mais quelle plaisanterie !

François Ier, malgré la frayeur de son rival, n'en pouvait cependant rien obtenir. A plusieurs reprises il lui avait parlé de l'investiture du duché de Milan pour ce même duc d'Orléans qui faisait de si terribles espiégleries, mais il n'avait reçu que des réponses évasives.

Après de touchants adieux, après mille protestations au sujet de la fameuse investiture, l'empereur Charles-Quint quitta François Ier et continua sa route. Il ne pouvait plus dissimuler son impatience.

A mesure qu'il approchait des frontières, il sentait son coeur plus léger et oubliait ses promesses, d'ailleurs toutes conditionnelles.

Enfin il toucha ses domaines. Alors, poussant un long soupir de satisfaction, il dit à ceux qui l'entouraient :

"Ce soir pour la première fois depuis que j'ai mis le pied en France, je m'endormirai tranquille."

Fidèle à son idée, Triboulet inscrivit François Ier sur le livre des fous. Anonyme.

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38. Le Château d'If. S I. 1 Venez vous me chercher,?" demanda Dantès. “Oui," répondit un des gendarmes. “De la part de M. le substitut du procureur du roi ?” Mais je le pense

Bien," dit Dantès, " je suis prêt à vous suivre. Une voiture attendait à la porte de la rue, le cocher était sur le siége, un exempt était assis près du cocher. “Est-ce donc pour moi que cette voiture est là?” demanda Dantès.

“ C'est pour vous," répondit un des gendarmes, “ montez.'

Dantès voulut"faire quelques observations; mais la portière s'ouvrit; il sentit qu'on 1e poussait. Il n'avait ni la possibilité, ni même l'intention de faire résistance. Il se trouva en un instant assis. au fond de la voiture entre deux gendarmes, les deux autres s'assirent sur la banquette de devant, et la pesante

il

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18 machine se mit en route avec un roulement sinistre. Le prisonnier jeta les heut sur les ouvertures ; elles étaient grillées

Pil n'avait fait que changer de prison ; seulement celle-là roulait, et le transportait en roulant vers un but ignoré. A travers les barreaux

serrés à pouvoir, à peines passer la main, Dantès reconnut: ce pendant qu'on longeait la rue Caisserie, et que par la rue Saint

Laurent et la rue Tamaris on descendait vers le quai. Bientôt 1

vità travers ses barreaux à lui et les barreaux du monument près duquel il se trouvait

, brillētles lumières de la Consigne. La voiture s'arrêta ; une douzainé de soldats en sortirent et se rangèrent en haie. Dantès voyait à la lueur des réverbères du quai reluire leurs fušils. “Serait-ce pour moi,” se demanda-t-il, "que l'on déploie une pareille force militaire ?” L'exempt, en, ouvrant la portière qui fermait à clef,

quoique sans prononcer

une seule parole, répondit à cette question, car Dantès vit entre les deux haies de soldats un chemin ménagé pour lui de la voiture au port. Les deux gendarmes qui étaient assis sur la banquette de devant descendirent les premiers, puis ont le fit descendre à son tour, puis ceux qui se tenaient

à ses côtés lecsuivirent.4 On marcha vers un canot, qu’un marinier de la douane maintenait près du quai par une chaîne. Les soldats regardèrent passer Dantès d'un air de curiosité hébétée. En un instant il fut installé à la poupe du bateau, toujours entre ses quatre gendarmes, tandis que l'exempt se tenait

à la proue. Une violente secousse éloigna le bateau du bord, quatre rameurs nagèrent vigoureusement vers le Pillon. A un cri poussé de la barquela chaîne qui ferme le port s'abaissa, et Dantès se trouva dans ce qu'on appelle le Frioul, c'est à dire, hors du port. Le premier mouvement du prisonnier, en se retrouvant en plein air avait été un mouvement de joie. L'air c'est presque la liberté. Il respira donc à pleine poitrine cette brise vivace, qui apporte sur ses ailes toutes ces senteurs inconnues de la nuit et de la

It mer. Dantès joignit les mains, leva les yeux au ciel

, et pria. La barque continuait son chemin; elle avait dépassé la tête de Maure, elle était en face de l'anse du Pharo. Elle allait doubler, la batterie; c'était une manceuvre incompréhensible pour Dantès.

“Mais où donc me menez-vous ?" demanda-t-il.
"Vous le saurez toute à l'heure." 16
"Mais encore
* Il nous est interdit

de vous donner aucune explication.' 21.1-06):1-10)$1.24 -2) 21.10-6151.9421-$0.16 - (9)$1.2 th) $11% )513-362.2442y = $58,6

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SJII. Dantès était à moitié soldat: questionner des subordonnés auxquels il était défendu de répondre, lui parut une chose absurde, et il se tut.

On avait laissé à droite l'île Ratonneau, où brûlait un phare, et tout en longeant presque la côte, on était arrivé à la hauteur de l'anse des Catalans. Un accident de terrain fit disparaître la lumière. Dantès se retourna et s'aperçut que la barque gagnait le large. Pendant qu'il regardait, absorbé dans sa propre pensée, on avait substitué les voiles aux rames, et la barque s'avançait maintenant poussée par le vent. Dantès se leva, jeta naturellement les yeux vers le point où paraissait se diriger le bateau, et à cent toises devant lui il vit s'élever la roche noire et ardue sur laquelle monte le sombre château d'If. Cette forme étrange, cette prison autour de laquelle règne une si profonde terreur, forteresse qui fait vivre depuis trois cents ans Marseille de ses lugubres traditions, apparaissant ainsi tout-àcoup à Dantès qui ne songeait point à elle, lui fit l'effet que fait au condamné à mort l'aspect de l'échafaud.

Par un mouvement prompt comme l'éclair, et qui cependant avait été prévenu par l'oeil exercé du gendarme, Dantès avait voulu s'élancer à la mer; mais quatre poignets vigoureux le retinrent au moment où ses pieds quittaient le plancher du bateau. Il retomba au fond de la barque en hurlant de rage. Presque au même instant, un choc violent ébranla le canot, un des bateliers sauta sur le roc que la proue de la petite barque venait de toucher, une corde grinça en se déroulant autour d'une poulie, et Dantès comprit qu'on était arrivé et qu'on amarrait l'esquif

. En effet, ses gardiens, qui le tenaient à la fois par les bras et par le collet de son habit, le forcèrent de se relever, le contraignirent à descendre à terre, et le transportèrent vers les degrés qui montent à la porte de la citadelle, tandis que l'exempt, armé d'un mousqueton à baïonnette, le suivait par derrière.

Dantès, au reste, ne fit point une résistance inutile; sa lenteur venait plutôt d'inertie que d'opposition. Il était étourdi et chancelant comme un homme ivre. Il vit de nouveau des soldats qui s'échelonnaient sur le talus rapide, il sentit des escaliers, qui le forçaient de lever les pieds, il s'aperçut qu'il passait sous une porte, et que cette porte se refermait derrière lui; mais tout cela machinalement, comme à travers un brouillard, sans rien distinguer de positif. Il ne voyait même plus la mer, cette

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